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Romains 3.21-5.21 – Partie 2

par | Avr 16, 2018 | Blog | 0 commentaires

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

Nous avons déjà fait une introduction à la lettre, nous avons exploré Romains 1.1-18 en 2 articles, puis Romains 1.18-3.20 en 4 articles, et nous sommes maintenant dans Romains 3.21-5.21. Nous avons commencé avec Romains 3.21-31 et nous continuons aujourd’hui cette section avec Romains 4.1-25.

2 | La preuve : Abraham (4.1-25)

Paul a envie d’asseoir une fois pour toutes le caractère biblique de sa position. Il argumente à partir d’une exégèse de Genèse 15.6 : « Abram eut confiance en l’Éternel, qui le lui compta comme justice. »

A. Le bonheur d’être librement pardonné (4.1-8)

 

 

a. Introduction (4.1-3)

Il commence en introduisant l’idée qu’Abraham peut nous aider à trouver une résolution une fois pour toutes sur cette question du salut par la foi seule. Il mentionne spécifiquement que Abraham est « notre ancêtre » (v. 1). Il est en train de s’adresser à des Juifs, et il fait clairement comprendre à ceux-ci qu’il prend un exemple parlant pour eux. Son exemple n’est pas basé sur Pierre-Paul-Jacques ou M. Lambda, ni même sur un personnage obscur d’une des généalogies de 1 Chroniques. Il prend Abraham. Notre ancêtre. Une référence, autrement dit – celui à partir duquel les promesses de rédemption ont commencé à venir.

Et que dirons-nous sur lui, nous demande Paul. « Qu’a-t-il obtenu de ses propres efforts ? » La question que pose Paul est très bonne. Abraham est évidemment quelqu’un de richement béni par Dieu, mais les promesses de bénédiction de Dieu surviennent de façon complètement subites dans l’histoire (Gn 12.1-3). Oui, Abram obéit ensuite à Dieu, donc il fait quelque chose. Mais Dieu lui fait des promesses avant qu’il ait fait quoi que soit, et c’est sur la base de sa foi qu’Abram va quitter son pays pour se rendre en Canaan.

Paul nous dit que « si Abraham a été considéré comme juste sur la base de ses œuvres, il a de quoi se montrer fier. » C’est là le centre du pourquoi de la croix et de l’évangile de la grâce. Si notre salut est par nos propres œuvres, nous avons de quoi nous vanter devant Dieu. Et la réalité est que nous aimerions bien pouvoir nous vanter et nous dire que si on est sauvés, c’est quand même parce qu’on l’a un peu plus mérité que les autres. Et c’est justement ça que Dieu veut tuer en nous à travers l’évangile. Il est en train de tout faire concourir pour que dans l’histoire, c’est lui qui reçoive toute la gloire. Pas nous. Il veut nous montrer de toutes les manière possibles que nous sommes débiteurs de lui, que nous avons besoin de lui, que nous ne pouvons pas tenir une seconde sans lui, et que c’est en lui que nous avons « la vie, le souffle et toute chose » (Ac 17.25).

Nous voudrions pouvoir dire que nous avons contribué, ne serait-ce qu’un chouilla à notre salut, et en retirer un petit peu de satisfaction personnelle. « Mais pas devant Dieu ». Nous dit Paul. Quiconque se retrouve devant Dieu n’a pas envie de se vanter, de se glorifier. Personne, devant Dieu, ne fait le fier.

Et Paul se réfère ici aux Écritures pour confirmer que ce qu’il dit est vrai, en citant Genèse 15.6. Et c’est là que nous voyons pleinement, noir sur blanc, que ce ne sont pas les œuvres d’Abraham qui l’ont sauvé, mais bien sa foi.

Douglas Moo fait remarquer ceci concernant ce verset de Genèse : « Il s’agit de la première fois dans la Bible que le verbe « croire, avoir confiance » (‘amas) apparaît dans les Écritures, mais il est connecté à l’idée d’accéder à la justice – une des rares fois dans l’AT où cette connexion est opérée. »

Que veulent dire ces mots : « Dieu lui compta sa foi comme justice » ? On pourrait penser que Dieu voit la foi d’Abraham, et que cette foi est comptée par Dieu comme l’équivalent de la justice ; comme une œuvre bonne en elle-même qui fait plaisir à Dieu. Mais O.P. Robertson affirme que en étudiant l’usage de cette structure de phrases à d’autres endroits en hébreu, on se rend compte que cette phrase à plutôt le sens de « mettre à son crédit une justice qui ne lui appartient pas de façon inhérente.» On voit en plus aux vv. 4 et 5 que Paul affirme que, justement, la foi est le contraire d’une œuvre. Celui qui ne fait que croire ne « fait rien » (v. 5)

b. Le salut par la foi n’est pas un salaire (4.4-5)

Paul explique un peu plus ce qu’il veut dire ici, en nous disant que « si quelqu’un accomplit quelque chose, le salaire est porté à son compte non comme une grâce, mais comme un dû. » (v. 4) Dieu ne nous doit rien. Ce n’est pas comme si nous accomplissions des choses, et que Dieu nous récompense en conséquence avec le salut et la vie éternelle. Parce que si c’est comme ça que ça fonctionnait, ce salut/salaire ne serait pas un cadeau gracieux, mais plutôt un dû. Dieu nous devrait notre salut. Il serait contraint par son sens de la justice de nous laisser rentrer au ciel, qu’il le veuille vraiment ou non. Cela forcerait la main de Dieu. Il serait débiteur de nos bonnes actions, et aurait des devoirs envers nous.

Mais Dieu est Dieu. Il est la fontaine de laquelle jaillit naturellement la vie, et pas la citerne dans laquelle l’homme doit venir apporter de l’eau pour qu’il puisse nous bénir en nous la redistribuant (cf. Jer 2.10-11). Nous somme débiteurs de Dieu éternellement, et il ne nous doit rien. Il n’y a rien que nous ayons qu’il ne nous ait donné en premier lieu (cf. Jn 3.27). Même lorsque nous donnons, nous ne faisons que lui remettre ce qui lui appartient déjà (cf. 2 Ch 29.14).

Le salut par la foi et non par les œuvres assure que tout vient de lui, et qu’il est celui qui donne. Nous sommes les créatures impuissantes mais infiniment aimées qui recevons de sa part toutes les bonnes choses qu’il déverse sur nous chaque jour.

« Si quelqu’un ne fait rien mais croit en celui qui rend juste l’impie, sa foi lui est comptée comme justice » ! Nous ne faisons rien. Mais par la foi, nous sommes comptés justes devant Dieu, parce qu’il a tout fait pour nous. Nous ne pouvons pas rendre notre salut plus facile, plus probable, plus complet, ou quoi que ce soit d’autre. Nous étions infiniment éloignés, infiniment impuissants, et il a été infiniment puissant en devenant éminemment proche pour que nous puissions jouir de sa justice, mise à notre compte.

c. David enfonce le clou (4.6-8)

Et comme si cela ne suffisait pas, Paul montre que le cas d’Abraham n’est pas isolé. Un autre géant de l’Ancien Testament, David, dira dans un de ses Psaumes (Ps 32.1-2) : « Heureux ceux dont les fautes sont pardonnées et dont les péchés sont couverts, heureux l’homme à qui le Seigneur ne tient pas compte de son péché ! » En faisant cela, Paul suit sans doute l’habitude de certains rabbins, qui affirmaient quelque chose à partir du Pentateuque, pour ensuite le prouver et l’entériner à partir des « écrits et prophètes ».

Que prouvent ces versets ? Tout simplement que la possibilité du pardon existe. Dieu est juste – nous le savons. Mais ce Psaume affirme que le Dieu juste peut ne pas tenir compte des péchés de certains. Il est possible que nous péchions mais que Dieu nous pardonne, que nos péchés soient couverts. Comme le dit Paul, « David exprime le bonheur de l’homme à qui Dieu attribue la justice sans les œuvres ».

Les mots utilisés dans ce Psaume sont significatifs pour Paul. En particulier le verbe pour « tenir compte » (v. 2) est important pour Paul : il s’agit du même verbe (hasav) utilisé dans Genèse 15.6, lorsqu’il est dit que Dieu compta la foi d’Abram comme justice.

Il s’agit d’un passage significatif ici, qui montre que dans la pensée de Paul, la justification concerne bien :

– Notre statut légal devant Dieu
– Le fait que nos péchés sont pardonnés

La justification, ce n’est pas Dieu qui nous donne une morale nouvelle. C’est un statut nouveau accordé par Dieu. C’est un pardon de nos fautes. C’est un acquittement.

La Justification

La justification est le fait d’être reconnu comme juste par Dieu, plutôt que comme pécheur.

La justification est différente de la transformation, en ce que nous pouvons être justifiés (considérés justes) sans être changé outre-mesure. La seule chose qui change dans la justification, c’est comment Dieu nous considère : il nous considère maintenant comme justes plutôt que pécheurs.

Simultanément à la justification vient la transformation, ou la régénération : notre vie nouvelle en Christ, qui nous justifie, nous donne aussi la force de combattre le péché.

Après justification et régénération vient la sanctification – le processus à travers lequel nous appliquons notre régénération dans notre vie, pour ressembler toujours plus à Dieu.

Mais justification, régénération et sanctification ne sont pas à confondre. Les trois font partie du salut, et sont des œuvres de Dieu ultimement, mais elles ne sont pas la même chose.

B. Uniquement pour les circoncis ? (4.9-12)

C’est ici que Paul fait que ces considérations rejoignent le but central de sa lettre : il pose la question de savoir si ce bonheur mentionné ci-dessus (celui d’avoir ses péchés pardonnés par la justice imputée au moyen de la foi) est quelque chose de disponible uniquement pour les circoncis, ou pour les incirconcis aussi.
En effet, certains pourraient encore affirmer que la foi d’Abraham lui a été comptée comme justice parce qu’il avait déjà la faveur particulière de Dieu sur lui en raison de son obéissance en se faisant circoncire. La salut par la foi ne serait alors que pour les circoncis.
Paul fait remarquer au v. 10 que c’était avant d’avoir été circoncis que Dieu l’a déclaré juste sur la base de sa foi. La circoncision n’a donc rien à avoir avec la justice devant Dieu.
Paul explique au v. 11 que sa circoncision n’était que « le gage de la justice qu’il avait obtenue par la foi alors qu’il était incirconcis. »
L’implication que tire Paul de ceci est énorme : « Il est ainsi le père de tous les incirconcis qui croient, afin que la justice soit aussi portée à leur compte. »

Quel est le lien dans la pensée de Paul ? Que veut dire ce « ainsi » ? Si, comme il vient de le dire, ce n’est pas par la circoncision que l’on peut accéder à la justification, mais que l’on est compté juste sur la base de la foi, alors Abraham n’est pas, comme on pourrait le penser, le père de tous les circoncis seulement, parce que la circoncision n’est pas la chose qui définit Abraham de façon primordiale. S’il avait été circoncis en premier, et que tout le reste avait découlé de ça, il serait le père de ceux qui, comme lui, avaient comme marqueur de première importance, la circoncision.

Mais comme il a eu foi en Dieu avant d’avoir été circoncis, Paul voit que le vrai marqueur distinctif d’Abraham ce n’est pas d’être circoncis, mais plutôt d’avoir foi en Dieu. Si on veut marcher dans le sillon d’Abraham, l’important n’est pas d’être circoncis, parce que la circoncision n’était pas de première importance pour Abraham. Ce qui compte, pour être un enfant d’Abraham, c’est d’avoir foi en Dieu, comme lui l’avait. Même en étant incirconcis, on peut être enfant d’Abraham.

Et au verset suivant, il dit quelque chose de plus incendiaire encore : « Il est aussi le père des circoncis qui ne se contentent pas d’être circoncis mais qui marchent aussi sur les traces de la foi de notre ancêtre Abraham quand il était encore incirconcis. »

Ce qui est sous-entendu dans ce verset est l’idée qu’il n’est pas le père des circoncis qui ne se contentent que d’être circoncis. Il faut, pour être un fils d’Abraham, « marcher sur les traces de la foi de notre ancêtre Abraham quand il était encore incirconcis ». Au delà de ça, si on se fait circoncire ou pas n’a vraiment aucune pertinence en ce qui concerne notre statut devant Dieu.

Comme Paul le dit en 1 Corinthiens 7.19 : « La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien. »

Or être enfant d’Abraham a un sens énorme dans le contexte du judaïsme. Nous voyons dans Jean 8 que les pharisiens se vantent d’être « la descendance d’Abraham » (Jn 8.33). Jean-Baptiste devait aussi savoir que c’était quelque chose desquels les Juifs pieux de l’époque tiraient fierté, lorsqu’il leur dit : « et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour ancêtre !’ En effet, je vous déclare que de ces pierres Dieu peut faire naître des descendants à Abraham. »

Être enfant d’Abraham était l’équivalent d’être Juif. C’était une des choses desquels se vantaient ceux qui plaçaient leur fierté dans leur judaïté. Et Jean-Baptiste, et Jésus et Paul affirment que d’être « descendant d’Abraham » est plus complexe que d’être dans sa lignée généalogique de façon physique.

Ici encore, Paul redéfinit ce qu’est la vraie judaïté. En Ro 2.28-29, il commence en restreignant la Judaïté, puis en l’élargissant. Ici, il l’élargit en premier (v. 11) avant de le restreindre (v. 12).

 

C. L’héritage donné par la foi (4.13-22)

 

a. La loi : indépendante de la promesse (4.13-16a)

Paul commence ici avec les mots « en effet », qui nous font bien comprendre que ce qu’il dit dans ces versets servent à expliquer ce qu’il vient de dire.

Il nous dit que l’on n’est pas compté comme un « enfant d’Abraham », comme le pensaient beaucoup, en obéissant à la loi. La raison pour cela est que pour beaucoup, l’obéissance à la loi est synonyme (ou au moins intimement lié) à la circoncision. Mais mon sentiment est que Paul non seulement explique ce qu’il a dit auparavant, mais il avance sur un territoire nouveau. Plus que de juste parler de la circoncision comme rituel d’entrée dans le peuple de Dieu (fils d’Abraham), il parle maintenant de façon plus large de l’obéissance à la loi, qui était une autre des conditions pour être considéré comme membre de plein pot de la communauté de l’alliance.

Paul pourrait donner exactement le même argument qu’il avait donné pour la circoncision : la loi est venue après la promesse (elle est même venue après la mort d’Abraham).

Ici, il demande plutôt : si c’est la loi qui justifie, à quoi sert la foi ? (v. 14 : « Si l’on devient héritier par la loi, la foi est dépourvue de sens et la promesse sans effets ») Schreiner dit qu’il y a une antithèse entre la foi (croyance) et la loi dans ce verset.

L’argument de Paul consiste à demander à quoi serviraient la foi et les promesses (qui sont des concepts importants dans l’AT), si elles ne servent pas le salut. 

Les prosélytes et les craignant-Dieu

Un païen pouvait devenir Juif. Il lui fallait, pour ce faire, accomplir deux choses : 1. Se faire circoncire et 2. Obéir à la loi de Moïse. Les personnes qui accomplissaient ces deux conditions étaient considérés comme pleinement Juifs. Ils étaient nommés les « prosélytes ».

D’autres reconnaissaient le Dieu d’Israël comme le vrai Dieu, mais n’étaient pas prêts à obéir à tout ce qui était demandé pour être un prosélyte à part entière. La majeure partie du temps, ce sur quoi ces personnes trébuchaient était l’idée de circoncision. Ces personnes, qu’on appelait les « craignant-Dieu », étaient donc pour la plupart des personnes qui obéissaient la loi, sans toutefois être circoncis, et donc sans être pleinement incorporés dans la religion et la nation juives. Il est fort à parier que pour Paul, la discussion dans Romains 4.9-22 concernant le fait de devenir fils d’Abraham par la circoncision (vv. 9-12) tout d’abord, et puis par la loi (13-16) fait référence à la façon dons certains voyaient l’entrée dans le judaïsme.

En effet, nous dit-il au v. 15, la loi ne produit pas la faveur de Dieu. Elle produit la colère de Dieu. Il réaffirme ce qu’il avait dit en 2.12-16 : « là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de transgression ». La loi ne sert pas à faire de nous des héritiers, puisque l’héritage, et la réception de la promesse sont les marqueurs de la faveur de Dieu, alors que la loi nous emmène à éprouver non pas la faveur de Dieu, mais sa colère.

Au v. 16, le « c’est donc » nous montre que Paul estime avoir démontré ce qu’il voulait démontrer (que c’est par la foi qu’on est sauvé, et non par la loi), et il récapitule donc sa position, l’ayant démontré dans les versets précédents : « C’est par la foi que l’on devient héritier », et il va un pas plus loin, en répondant à un hypothétique : « mais pourquoi Dieu aurait-il choisi de faire les choses comme cela ? ». Il donne deux raisons successives : il l’a fait ainsi pour que tout soit par grâce. Et pourquoi l’a-t-il fait pour que tout soit par grâce ? Pour que « la promesse soit assurée à toute la descendance, non seulement à celle qui dépend de la loi, mais aussi à celle qui a la foi d’Abraham » (v. 16a)

Autrement dit, si le salut était par la loi, ce ne seraient que ceux qui avaient reçu la loi qui pourraient être sauvés (c’est-à-dire les Juifs). Mais comme le salut est par grâce, au moyen de la foi, ce sont ceux qui ont la même foi qu’Abraham qui sont sauvés, et non pas ceux qui se font circoncire comme Abraham. Pour pouvoir être un enfant d’Abraham, il faut ressembler au père. Mais certains pensaient que l’essence même d’Abraham reposait dans le fait qu’il était circoncis. Paul nous dit que l’essence d’Abraham repose dans sa foi. Et que c’est donc en imitant sa foi plutôt que sa loi que nous devenons ses fils.

b. Abraham, père des nations (4.16b-18)

A nouveau, ici, les mots « en effet » indiquent que la pensée de Paul suit directement ce qu’il vient d’affirmer. Pour confirmer ce qu’il vient de développer, Paul enseigne que Abraham est notre père à tous. Comme depuis le début de la lettre, et particulièrement fortement dans ce contexte, le tous veut dire « Juifs comme on-Juifs ». Il poursuit en disant que ce qu’il dit ici n’est rien d’autre que ce qu’affirme les Écritures.

Il cite Genèse 17.5 : « Je t’ai établi père d’un grand nombre de nations ». Nous voyons que de façon très littérale, Abraham a été le père de quelques nations, puisque le peuple juif est descendu de lui (via Isaac et Jacob), mais aussi les Arabes (via Ismaël) et les Iduméens ou Edomites (via Esaü). Cela ne mérite pas franchement le nom d’Abraham, qui lui a été donné en Genèse 17.5, où il est mention d’une multitude de nations.

Ce que Paul affirme ici, c’est que l’accomplissement plein de cette promesse se vivrait dans le grand nombre de païens venus de toutes les nations qui auraient la même foi que lui. Il est notre père à tous, parce que c’est de son exemple de foi que nous tirons notre foi.

Calvin l’explique ainsi :

« Car il ne rassemble les Arabes, Iduméens et d’autres dans le but de faire d’Abram le père de bien des nations ; mais plutôt il étend le nom de père de sorte à le rendre applicable au monde entier, pour que les païens, qui étaient des étrangers outre-mesure séparés les uns des autres, puissent, de tous bords être rassemblés en une seule famille en Abram. J’accorde bien que, pendant un temps, les douze tribus étaient semblables à une multitude de nations ; mais seulement de sorte à former un prélude à cette immense multitude qui, à terme, est collectée dans l’unique famille d’Abram. »

Paul avance au v. 17 toujours que c’est « devant Dieu » qu’Abraham est notre père. Il ne l’est bien sur pas de façon physique, mais pour Dieu, il l’est. Paul entérine cette idée dans le caractère de Dieu. C’est logique que pour Dieu, nous puissions être des enfants d’Abraham, alors que nous ne l’étions pas du tout, puisqu’il est le Dieu qui donne la vie aux morts, et appelle ce qui n’existe pas à l’existence ! Nous n’étions pas des enfants d’Abraham, mais nous le sommes ! Nous étions morts, impossible de nous rendre la vie. Mais Dieu l’a fait. Notre filiation était inexistante. Nous n’étions rattachés à rien qui ait de la valeur devant Dieu, mais Dieu nous a donné les gènes d’Abraham. Dieu a vraiment fait qu’à partir de pierres, d’objets morts, inanimés, froids et durs, naissent des enfants d’Abraham !

« Espérant contre toute espérance, Abraham a cru et est ainsi devenu le père d’un grand nombre de nations ». Pour nous aussi, espérant contre toute espérance, nous avons cru et nous sommes devenus, de toutes les nations de la terre, des fils d’Abraham ; des fils même de Dieu !

C’est contre toute espérance que nous devons décider de croire que Dieu voudrait bien nous compter justes. Mais il le fait, jour après jour. Il donne la vie à des morts au quotidien, et garde en vie des personnes dont la foi serait morte si ce n’était pas lui qui la maintenait en vie. Est-ce que vous croyez aujourd’hui ? Sachez que vous devriez être morts, sans foi ! Il n’y a pas d’espérance pour qui que ce soit, en termes humains. C’est au delà de toute espérance que votre foi vous accorde la justice de Dieu en Christ.

c. La foi d’Abraham (4.19-22)

La foi d’Abraham est donc riche d’enseignements pour notre foi à nous aussi. En regardant à ce que Paul dit sur la foi d’Abraham, nous pouvons voir ce que Dieu a fait pour nous aussi.

Tout d’abord, Paul développe l’aspect selon lequel la foi d’Abraham était une espérance contre toute espérance : « il n’a pas considéré que son corps était déjà usé, puisqu’il avait près de 100 ans, ni que Sara n’était plus en état d’avoir des enfants ». Nos esprits aussi étaient « usés » et aussi infertiles qu’une femme âgée de 100 ans. Mais Dieu a opéré le miracle pour nous pour que nous puissions hériter de la promesse.

Mais cela demandera que notre foi puisse se vivre « sans faiblir » (v. 19).

Mais Paul va plus loin encore. Il nous dit que « Abraham n’a pas douté, par incrédulité, de la promesse de Dieu » (v. 20) D’avoir foi en Dieu veut dire aussi de ne pas douter de la promesse. Et quelle est la promesse pour nous ? La promesse, avant toute chose, est que nous hériterons de la vie éternelle, puisqu’il n’y a pas de condamnation pour nous. Mais la promesse est aussi que nous puissions entrer librement dans la présence de Dieu sans ressentir de condamnation. La promesse est que nous sommes de nouvelles créatures, en Christ, et que nous sommes bénis de toutes bénédictions spirituelles en Christ (Ep 1.3). Doutons-nous de cette promesse là ?

Nous doutons parce que nous nous disons que c’est impossible. Vivre un réveil à Paris ? Pas possible. Mais Dieu a promis. Voir des signes, des prodiges faits de nos mains, des conversions grâce à notre témoignage ? Impossible ! Voir les démons chassés, les morts relevés ? Pas en France.

Mais la foi est justement quelque chose qui se vit alors que contre toute espérance, nous espérons encore, parce que nos yeux regardent à Dieu, et pas à nous-mêmes. Et quand bien même nous regardons à nous-mêmes, nous voyons Jésus, qui nous recouvre, nous justifie et nous donne sa puissance.

Paul prend ce concept du salut par la foi, et le rend en fait extrêmement pratique, disant non seulement qu’Abraham a été justifié, mais que cette foi l’a conduit à vivre une vie d’une certaine manière. Sa foi a conduit à de l’action. Une foi en un Dieu comme le Dieu de la Bible qui nous laisserait passifs serait une foi bien faible. Pas une foi « sans faiblir ». Pas une foi qui n’a « pas douté, par incrédulité » ! Abraham a été fortifié par la foi et il a « rendu gloire à Dieu. » Sa vie, sa décision de coucher avec sa femme alors que le viagra n’existait pas encore, et que son corps était « usé » est le résultat d’une foi qui n’a pas faibli. Il avait, plutôt, « la pleine conviction que ce que Dieu promet, il peut l’accomplir » (v. 21)

Paul conclut en disant que c’est à cause d’une foi comme ça qu’il a été compté comme juste. Nous ne sommes pas sauvés par les œuvres, mais par la foi. Mais une foi qui ne produit pas des œuvres n’est pas une foi assez forte pour sauver. Regardez le type de foi duquel Abraham était animé, et le type d’action que sa « pleine conviction » (v. 21) a produit en lui, et nous avons là un exemple du type de foi que Dieu « compte comme justice » (v. 22)

D. La justice de la foi : pour Abraham et pour nous (4.23-25)

Paul finit avec une remarque herméneutique sur Gen 15.6, qui est très importante pour nous aujourd’hui. « Ce n’est pas pour lui seulement qu’il est écrit que la foi a été portée à son compte, mais c’est aussi pour nous. » (v. 23)

Cet enseignement est important pour nous, parce qu’aucun passage de la Bible n’est écrit explicitement pour nous. A part le passage dans Jean 17.20, où Jésus affirme qu’il ne prie pas que pour les disciples, « mais encore pour ceux qui croiront en moi à travers leur parole », il n’y a pas de passages dans la Bible qui montrent une désignation spécifique des croyants autres que les récepteurs immédiats des textes en question.

Que faire donc avec ces passages ? Comment les comprendre ? Comment les appliquer pour nous ? Peut-on d’ailleurs le faire ? Le grand envoi missionnaire est-il pour tous les chrétiens ? Il semblerait que oui, au vu de l’interprétation qu’en ont fait la majorité des chrétiens, mais dans le contexte, Jésus parle explicitement aux disciples – pas à nous. On entend souvent des chrétiens citer Jérémie 29.11 : « Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. » Mais dans le contexte, Jérémie adresse cette parole de Dieu aux Juifs captifs à Babylone. Dans quelle mesure pouvons-nous nous approprier ces paroles ?

Il me semble, au vu de ce que Paul développe ici, que l’on peut affirmer que dès que l’on peut trouver un parallèle entre notre situation et la situation de la personne à qui Dieu s’adresse, la Bible peut être appliquée directement à nous aussi, et les promesses nous sont transférées, de même que les recommandations et enseignements. Nous aussi sommes dans la situation d’Abraham, ayant foi en Dieu pour notre salut, et si elle lui a été comptée comme justice, elle le sera aussi pour nous. Nous ne tordons pas le texte biblique lorsque nous interprétons et appliquons directement à notre situation des versets qui sont adressés à quelqu’un dans un contexte tout autre – tant qu’un parallèle légitime peut-être trouvé entre leur situation et la notre.

Paul dit que la foi sera portée à notre compte « puisque nous croyons en celui qui a ressuscité Jésus notre Seigneur » (v. 24)

Il finit la section sur une phrase qui pourrait être difficile à interpréter. Il ajoute quelques mots pour définir et qualifier ce « Jésus notre Seigneur » du v. 24, disant qu’il « a été donné pour nos fautes et […] ressuscité pour notre justification. » (v. 25) Ce passage est similaire à ce que Paul dit en 1 Co 15.17 : « si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est inutile, vous êtes encore dans vos péchés. »

Cela veut-il dire que la mort de Jésus ne nous justifie pas ? Devons-nous croire, à la lumière de ce verset que ce n’est que la résurrection de Jésus qui nous justifie ?

La réalité est que nous ne pouvons pas séparer l’œuvre de la croix et l’œuvre de la résurrection, en ce qui concerne le pardon de nos péchés. La mort en elle-même de Jésus a une puissance expiatoire pour nos péchés, mais comme Jésus est mort sans jamais avoir péché, la mort ne pouvait le retenir. S’il n’était pas ressuscité, il n’aurait pas été parfait, et sa mort aurait été sans effet. Frédéric Godet dit ceci : « Christ mort sans résurrection serait un condamné non justifié. Comment pourrait-il justifier les autres ? » En effet, selon la théologie fédérale, notre justification se trouve dans le fait que l’on est « en Christ ». Et la résurrection est l’acte avec lequel le Père justifie le Fils (qu’il lui donne raison, et affirme qu’il est juste). Comme nous l’avons vu en Ro 1.4, la résurrection fait que Jésus est déclaré « Fils-de-Dieu-avec-puissance ». Guillaume Bourin dit : « Si Christ n’est pas ressuscité, c’est qu’il est resté dans la tombe, et qu’il y est resté pour ses propres péchés. Et cela implique par conséquent que nous n’avons jamais été justifiés, nous qui avons pourtant mis notre confiance en Lui. »

Calvin ajoute ceci, en commentant ces versets : « Pas que le sacrifice de la croix, par lequel nous sommes réconciliés à Dieu, ne contribue rien envers notre justification. C’est plutôt que la complétude de sa faveur nous apparaît avec plus de clarté dans son retour à la vie. »

Dernièrement, il nous faut aussi considérer que si Jésus ne revient pas à la vie, nous non plus ne reviendrons pas à la vie. Sa mort nous confère l’aptitude à mourir à nos péchés, la loi et notre vie d’esclavage au péché. Et sa vie nous permet de revivre en vie nouvelle.

Pour résumer, la justification dépend en fait de l’œuvre entière de la croix, qui comprend la crucifixion, mais aussi la résurrection, avec une importance égale et une action indissociable.