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Romains 3.21-5.21 – Partie 1

par | Avr 5, 2018 | Blog |

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

 

Nous avons déjà fait une introduction à la lettre, nous avons exploré Romains 1.1-18 en 2 articles, puis Romains 1.18-3.20 en 4 articles. Nous débuttons aujourd’hui Romains 3.21-5.21 avec une explication de Romains 3.21-31.

III – LE PARDON EN CHRIST (3.21-5.21)

En quelques sortes, cette rupture de section ici est artificielle. En effet, la pensée de Paul en 3.21 suit de très près sa pensée en 3.19-20. Il s’agit de la même ligne d’argumentation. Seulement au v. 21 Paul fait la transition entre le fait de parler du péché de l’homme et la façon dont celui-ci est sauvé.

Le thème est toujours celui de la loi, mais après avoir tant parlé du péché de l’homme, Paul introduit maintenant une longue section où il développera le pardon que nous avons en Christ.

Le point de transition pour Paul est ce sujet de la loi. Il vient de nous dire au v. 20 que les œuvres de la loi ne peuvent pas être la base de notre justification ; mais que plutôt la loi est celle qui nous donne simplement la connaissance de nos péchés.

C’est sur ce fondement que Paul va venir déclarer une des phrases les plus glorieuses de la Bible toute entière.

1 | « L’homme est déclaré juste par la foi indépendamment des oeuvres de la loi » (3.21-31)

 

A. La Bonne Nouvelle (3.21-25a)

a. Mais maintenant (3.21a)

Pendant 64 versets, Paul a passé au peigne fin toute l’étendue de la dépravation universelle de la race humaine. Nous sommes une race « sous la domination du péché » (3.9). Et la loi ne fait rien pour nous aider. Au contraire. Elle nous condamne. Celle qui était considérée par certains comme leur bouée de sauvetage n’est en fait qu’une vague de condamnation supplémentaire pour nous envoyer directement en enfer. Quel espoir nous restait-il ?

MAIS MAINTENANT

Ces deux mots signalent que quelque chose de nouveau s’est produit. Quelque chose de décisif. Quelque chose de différent de ce qui s’était produit auparavant, et qui vient changer la donne.

Donc si ces versets suivent de façon logique les versets suivants, et que nous parlons des mêmes thèmes, ces deux mots marquent le début d’un nouveau chapitre dans Romains.

Ces deux mots marquent le début d’un paragraphe long de six versets, qui a été décrit par Leon Morris comme « peut-être le paragraphe le plus important qui ait jamais été écrit. » Il sera donc très important pour nous de bien le décortiquer pour comprendre ce qu’il dit vraiment.

b. La justice de Dieu par la foi et non par la foi (3.21-22)

Qu’est ce que Dieu a fait pour que nous ne soyons plus sous la domination du péché ?

Il faudra revenir à cette notion de « Justice de Dieu ». Qu’est ce que Paul dit ici ? Certains affirment que nous pourrions traduire ce verset ainsi :

« Mais maintenant, Dieu est démontré comme étant bien juste, vainqueur, comme la loi et les prophètes disent qu’il l’est, mais il le fait sans la loi. En effet, la croix de Jésus et le salut par la foi nous montrent que Dieu est glorieux, et vainqueur, plutôt que perdant. » Il s’agît, grosso-modo, de la définition globale donnée par ce qui a été connu comme la « nouvelle perspective sur Paul ». Selon eux, « justice de Dieu » veut dire : « le fait que Dieu est juste, et qu’en tant que tel, il est vainqueur ». Pour eux, le sens de la croix et de la résurrection est qu’elles donnent raison à Dieu.

D’autres, qui suivent la façon de lire ce verset plus traditionnelle, diront que ce passage serait plutôt paraphrasé comme suit :

« Mais maintenant, Dieu nous impute sa justice légale, qui est comprise dans la loi et les prophètes (la loi nous disant comment être juste et les prophètes nous annonçant ce qu’il adviendra de nous si nous sommes justes ou pas), et ce statut « d’hommes justes » ne nous vient pas au moyen de la loi. »

Pour une discussion plus longue sur le sens de l’expression « justice de Dieu », cf. pp. 23-24. Il me semble que la réalité est que cette expression de « justice de Dieu » a un sens très complexe chez Paul. L’article le plus convaincant à mon sens sur l’ampleur du sens de cette réalité a été écrit par Ernst Käsemann, où il nous dit que ce que Paul met derrière ces mots est un résumé de la doctrine de la justification, qu’il pourrait définir comme « l’intervention historique de Dieu pour se réapproprier sa création et apporter le salut à son peuple. »

Cette définition semble comporter les deux nuances de ces positions adverses, qui comportent quelque chose de vrai dans les deux cas. La croix est celle de l’agneau pascal sur qui nous plaçons notre main alors que nous le tuons, pour transférer sur lui notre culpabilité, elle est celle par lequel Ésaïe peut dire : « il était blessé à cause de nos transgressions, brisé à cause de nos fautes : la punition qui nous donne la paix est tombée sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. » (Es 53.5) ; mais elle est aussi celle où Jésus gagne sur la mort et tous les ennemis de Dieu, montrant que toutes les promesses de l’Ancien Testament s’accompliront bien et que l’histoire donnera raison à Dieu.

Dans ce passage précis, c’est surtout la première réalité (l’expiation* et l’imputation de la justice de Dieu) qui est en vue, puisque Paul vient de détailler de façon tellement précise la force de notre culpabilité. Mais le deuxième sens (l’histoire donne raison à Dieu par la victoire de la croix) est aussi présent, en particulier face au questionnement du Juif qui se dit que le salut par la grâce semble faire de Dieu un Dieu injuste, et que la croix semble faire de Dieu un Dieu vaincu – sans parler de la condition du peuple Juif exilé et conquis, qui semble faire du Dieu des prophètes de l’AT un Dieu menteur.

Que veut donc dire ce verset ?

Il faut bien prendre position sur le sens précis de Ro 3.21, et il me semble que c’est l’interprétation classique protestante, dans la lignée de Luther qui ait le plus de force. Le contexte qui précède ce verset semble l’indiquer, et cela n’est que confirmé par le v. 24, qui est une explication du v. 21 : « ils sont gratuite- ment déclarés justes par sa grâce ». Au v. 26, il tisse ensemble les deux idées : Dieu parvient à « être juste » (nouvelle perspective) tout en « déclarant juste celui qui a la foi en Jésus Christ » (position traditionnelle).

c. Tous ont péché et sont gratuitement rendus justes (3.23-24a)

Paul explique son affirmation des vv. 21-22 ici, en nous remettant en tête l’idée, développée aux chh 1-3 que tous ont péché ; pour ensuite donner le développement qui découle du « mais maintenant » – l’explicitation de ce qu’est la « justice de Dieu » : « l’homme est gratuitement déclaré juste par sa grâce, par le moyen de la libération qui se trouve en Jésus-Christ ».

Tous (v. 23) : Comme dans tout Romains, ce mot a une portée universelle, mais aussi une connotation de « Juifs comme non-Juifs ». D’autant plus qu’ici, ce mot suit directement la phrase : « il n’y a pas de distinction ».

Ont péché (v. 23) : Ici, Paul reprend en ultra-condensé tout ce qui a été élaboré plus tôt, en ce qui concerne la nature du péché.

Et sont privés de la Gloire de Dieu (v. 23) : Ce « et » véhicule une conséquence. C’est notre péché qui nous prive de la gloire de Dieu. De quoi s’agit-il au juste lorsqu’on nous parle d’être privés de la gloire de Dieu (le mot grec hustereô veut dire « être en retard, être inférieur à, arriver en dessous de ») ?

Le sens du verbe est que nous ne sommes pas à la hauteur nécessaire pour mériter ou accéder à sa gloire. Qu’est-ce exactement que cette « gloire » dans la pensée de Paul ici ?

Il y a plusieurs passages où l’espérance du chrétien pour les temps de la fin est de voir la gloire de Dieu (Es 35.2 ; Ro 8.18 ; 2 Th 2.14). C’est dans ces temps de la fin que cette gloire sera vue de la façon la plus pleine. Cette expression parle donc de la déchéance humaine l’empêchant de vivre l’éternité avec Dieu dans sa pleine gloire. Mais il nous faut aussi voir que cette infériorité par rapport à la gloire de Dieu, du à notre péché, est quelque chose de très réel dans notre vie présente.

En effet, toute l’espérance chrétienne pour les temps de la fin trouve son analogie, dans une version affadie (mais bien réelle) dans le temps présent. Nous avons pour vocation de faire venir le futur maintenant, et de vivre la réalité du ciel sur la terre de façon toujours croissante. Ceux qui sont sous le péché ne voient pas la gloire de Dieu. Mais nous, nous la voyons. Nous la voyons alors que le voile est déchiré et que nous pouvons librement prier, louer, boire de sa présence au quotidien. Mais sa gloire est aussi vue par nous alors que nous commençons à laisser transparaître notre nouvelle identité, étant maintenant habités par ce Dieu de gloire, par l’Esprit.

L’espérance pour la fin des temps pour le chrétien ne devra jamais être juste un objectif à rêvasser des- sus en attendant que ça se passe, mais plutôt une directive, une vision de ce que nous devons viser dès maintenant.

Ainsi, chaque passage qui nous parle de l’espérance chrétienne pour ce qui se passera à la fin des temps doit nous servir de guide pour savoir comment faire venir le Royaume maintenant.

Et de la même manière, ceux qui pèchent s’éloignent de plus en plus de ce que Dieu avait comme projet initial pour la race humaine.

La gloire de Dieu n’est pas qu’un concept spirituel abstrait. C’est une idée puissante de réalité concrète pour nos vies. Par Christ, nous ne sommes plus privés de la gloire de Dieu. Nous ne sommes plus à court. Nous pouvons la voir, la goûter, la vivre, la démontrer, la transmettre, la remettre en pleine vue de tous dans ce monde.

Et ils sont (v. 24) : Ce verset est un de ceux qui aura fait couler beaucoup d’encre parmi les universalistes. En effet, il y a un « tous » au début du v. 23, et rien qui vienne qualifier ce « tous » au v. 24. Ainsi, nous disent-ils, tous ont en effet péché, et tous seront aussi pardonnés par Jésus.

Ces personnes là font cependant violence au texte en affirmant que c’est là ce que pensait Paul, parce qu’au verset suivant Paul mentionne que Christ n’a été une victime expiatoire que « pour ceux qui croiraient » (v. 25). Au v. 26, il nous dit également que ce ne sont que ceux qui « ont la foi en Jésus » qui sont déclarés justes.

Gratuitement (v. 24) : La beauté du salut par grâce est qu’il s’agit d’un cadeau absolument gratuit. Nous n’avons rien fait pour l’acquérir. Nous n’avons rien à faire pour l’acquérir. Il n’y a pas de salaire à verser ou de somme à transférer pour l’avoir. Il est, dans ce sens là, inconditionnel. L’expiation* n’est pas quelque chose d’absolument inconditionnel : elle est mise au crédit de ceux seuls qui ont placé leur foi en Jésus, et la foi est une condition à notre justification. Mais notre salut est bien gratuit. La foi n’est pas quelque chose qui vienne nous acheter notre salut, comme le seraient les œuvres de la loi.

Rendus justes (v. 24) : La traduction Segond 21 traduit le verbe dikaioô par « déclarés justes ». Il ne s’agit pas forcément de la traduction la plus précise du mot. Celui-ci a avant tout la notion de « rendu juste ». La déclaration que nous sommes justes nous met directement dans le vocabulaire pénal. Et je crois bien que Dieu nous jugera, et que lors de ce jugement, il nous déclarera justes, comme il le fait déjà aujourd’hui alors qu’il nous regarde. Mais cette déclaration que nous sommes justes n’est pas ce qui vient en premier. Il ne nous déclare pas justes à tort. Il ne regarde pas des pécheurs pour ensuite leur donner un faux verdict.

Avant de nous déclarer justes, il commence d’abord par nous rendre réellement justes. Donc oui, celui qui a péché n’est plus appelé pécheur par Dieu : celui-ci le déclare juste. Son statut a bel et bien changé. Il n’est plus le même, devant Dieu. Mais le juge ne fait pas erreur en déclarant juste un impie. Avant la déclaration vient la réalité que nous sommes rendus justes. La justification, c’est bien plus que la déclaration pénale de notre statut de « juste ». C’est aussi la transformation de notre état réel, pour n’être vraiment plus des pécheurs, mais plutôt des personnes justes, parfaites, saintes. Nous sommes réellement justes (parce que rendus justes), et le juste juge a tout a fait raison de dire de nous que nous sommes non-coupables. Donc oui au fait que nous sommes déclarés justes, mais pas avant que nous ayons été rendus justes par la mort de Jésus.

Par sa grâce (v. 24) : En cherchant à qualifier le moyen de notre salut, Paul commence en disant que c’est un acte gracieux de la part de Dieu. La grâce de Dieu, c’est un cadeau qu’il nous donne que nous ne méritions pas (par opposition à la miséricorde, qui est le fait de ne pas donner une punition que l’on mériterait).

d. Comment sommes-nous sauvés (3.24b-25a)

Par le moyen de la libération qui se trouve en Jésus-Christ (v. 24) : Comment sommes-nous sauvés ? Paul est très clair qu’il y a quelqu’un qui vient effectuer le sauvetage : il y a une libération qui se trouve en Jésus. Ce mot, apolutrosis, se réfère à la libération par le moyen du paiement d’une rançon. Le mot classique serait « racheté ». Il y a un prix payé en Jésus-Christ.

Mais quel est cet acte de rachat ? Le contexte du v. 25 nous montre de façon indubitable que c’est la mort de Jésus qui nous sert de rachat. Cela nous permet de mettre du sens derrière la croix de Jésus. A la croix, Jésus paie. Il paie une dette que nous ne pouvions pas payer nous-mêmes (substitution). La question que nous pourrions poser, c’est : « à qui paie-t-il ? » A Satan ? A Dieu ? A une sorte de concept désincarné de « justice cosmique » ?

Il faudra considérer celui à qui nous appartenions : nous étions la possession de Satan. Mais d’un autre côté celui qui reçoit paiement, c’est Dieu. La réponse n’est pas nette. Heureusement, ce n’est pas la seule façon dont le NT nous parle de ce qui se passait à la croix, et cela nous permet de voir que Paul n’est pas en train de donner une seule catégorie de compréhension de l’œuvre de la croix, et qu’aucune de ces catégories n’est donc complète. Nous pouvons très bien dire que la métaphore de la rançon et du rachat ne peut être filée jusqu’au bout. Le fait est que nous étions esclaves, et que Jésus nous a libérés par la croix. Aucune des explications du « comment » de la croix ne marche jusqu’à ce qu’on les lise dans le contexte de la théologie fédérale. Christ meurt afin que nous soyons incorporés en lui, et étant incorporés en lui, sa mort devient la nôtre, et nous mourrons à notre ancienne nature avec lui, et ressuscitons à notre nouvelle nature. Nous ne sommes plus représentés par Adam, et ne sommes plus en esclavage à sa nature péche- resse. Nous sommes maintenant rachetés de cet esclavage par la mort de Jésus, notre représentant. Et nous devenons ainsi ses esclaves.

Le rachat et la rançon sont des façons de décrire ce qui se passe alors que Christ devient notre nouveau représentant, et que nous nous trouvons « en Christ », et que tout ce qui est vrai de lui devient vrai de nous.

La victime expiatoire (v. 25) : Le passage continue en disant que ce Jésus est une victime expiatoire. Le mot grec hilasterion est exactement le mot utilisé pour parler du couvercle de l’Arche de l’Alliance, appelé communément le propitiatoire. Ce mot, dans l’Hébreu est le mot kapporeth, qui vient de la même racine que kappar (expier), kippour (expiation). Ce mot avait le sens de « couverture ». Lévitique 16 nous dit que lors du grand jour des expiations, le sang des sacrifices de taureau et de bouc offerts spécifiquement pour le pardon des péchés du peuple est versé sur ce propitiatoire, cette couverture du coffre qui est une couverture pour notre péché. Ce qui se passe, c’est que nos fautes sont couvertes. Jésus pourvoit la couverture de nos fautes, selon laquelle il y a une propitiation qui s’opère. Le mot hilasterion, en plus de nous parler de façon très précise de la propitiation, comporte aussi ce rapport très fin avec la notion d’expiation.

Il s’agit donc d’un sacrifice une fois pour toute qui couvre nos fautes, et dévie la colère de Dieu, rendant le juge propice envers nous. Cette notion de justice pénale est donc extrêmement présente dans ce verset, et ce qui revient, encore une fois, c’est que Christ a fait pour nous ce que nous ne pouvions pas faire par nous mêmes (substitution).

Mais si nous prenons l’expiation et la propitiation comme seules façon d’expliquer l’œuvre de la croix, nous tombons une fois de plus sur un problème. Comment un seul homme peut-il couvrir les péchés de plusieurs ?

Une fois de plus, sans la théologie fédérale nous ne pouvons pas bien comprendre l’œuvre de la croix. C’est parce que nous sommes en Christ que son sacrifice expiatoire, qui satisfait la justice de Dieu, peut être mis à notre compte à tous. Nous sommes tous au bénéfice de la mort propitiatoire de l’agneau sacrifié parce que Jésus peut, en notre nom à nous tous qui nous réclamons de lui, placer la main sur la tête du bouc-émissaire, et recevoir sur lui-même, en tant que bouc-émissaire, la punition et la honte de nos fautes.

Il a été envoyé en dehors du camp pour nous, ayant reçu sur lui-même la totalité de nos fautes en tant que représentant de l’alliance.

Donnée publiquement par Dieu (v. 25) : La traduction Segond 21 donne « destiné à être une victime expiatoire ». La traduction la plus probable est « mis en avant » ou « donné publiquement ».

Le sens de ce « mis en avant » est une référence à la victime expiatoire présentée à l’autel. Il y avait des re- commandations spéciales pour le type d’animal qui pouvait être sacrifié. Et Dieu le Père présente au monde son Fils même pour qu’il soit pour nous un sacrifice parfait, suffisant et une-fois-pour-toutes.

La croix est l’œuvre avant tout de Dieu. C’est Dieu qui présente la victime expiatoire, et c’est Dieu qui est la victime expiatoire mise en avant.

Il y a de ça quelques années, un pasteur anglais assez influent en Angleterre (Steve Chalke) s’est insurgé contre cette notion, du Père qui donne son Fils, et qu’il concentre toute sa colère sur lui, le frappant et le clouant à la croix à notre place. Il a utilisé le terme « d’abus d’enfant cosmique ».

Et pourtant, dans le passage ici, force est de constater que dans les lettres de Paul, le mot theos (Dieu) se réfère de façon pratiquement exclusive à Dieu le Père, et que Jésus, lui, est principalement désigné par le mot kurios (Seigneur). Il s’agirait donc bien ici du Père ici qui avance la victime expiatoire – Jésus.

En quoi ceci n’est-il pas un abus d’enfant cosmique ?

. Le Fils est consentant. Le Fils n’est pas une victime contre son gré. Il voulait lui aussi sauver l’humanité et était prêt à prendre chair humaine par amour pour nous.

. Le Père n’y a pas pris de plaisir. Si le Père se réjouit de la croix, ce n’est pas le fait que son Fils soit mort qui le réjouisse, mais bien le fait qu’il s’acquiert par cette mort une multitude de fils. C’est son amour pour la création qui fait que la croix et une bonne nouvelle, et son amour pour le Fils qui fait que le ciel s’assombrit et que la terre tremble alors que Jésus expire.

. La notion de périchorèse signifie qu’en tuant le Fils, d’une certaine manière (bien que pas de façon absolue), le Père lui-même est frappé, affecté par sa mort. Il ne reste pas indemne dans l’histoire, alors que la Trinité connaît un déchirement interne sans précédent à la croix. La croix n’est pas un acte qui n’affecte pas le Père. Si c’est le Fils qui est l’agent activement présent dans le don de sa vie, le Père aussi est en train de souffrir pour l’humanité dans sa décision de donner le Fils comme victime expiatoire.

Il n’y a donc pas une notion d’abuseur et d’abusé, mais plutôt le Père, le Fils et l’Esprit qui décident en- semble de se laisser abuser par les hommes qu’ils ont créées, dans le meurtre du Fils, décidé par le Père, approuvé par le Fils soumis au Père et exécuté par l’Esprit.

Par son sang (v. 25) : La notion de sang fait encore référence au sacrifice expiatoire de la loi lévitique. Dans la conception juive, le sang, c’était la vie (Lv 17.11, 14). Il s’agit d’une façon figurative de parler de sa mort.

Il y a une certaine aile du monde charismatique qui aime « invoquer le sang de Jésus » sur une situation ou autre, comme signe de sa protection et de sa bénédiction. Mon avis est que ce genre de pratique n’a pas lieu d’être. La sang en lui-même n’a pas de puissance, hormis du fait qu’il est la représentation biblique de sa mort. Cette notion d’invocation du sang de Jésus paraît pouvoir conduire à du mysticisme, et il s’agit également d’un langage qui peut particulièrement rebuter des personnes dans le monde occidental qui ne comprennent pas tout l’arrière plan sacrificiel de la loi lévitique.

L’évangile est une pierre d’achoppement pour l’homme livré à lui-même, mais si nous pouvons utiliser un langage qui conduise à une certaine confiance et un a priori positif envers notre message, faisons-le.

C’est la mort de Jésus qui est efficace, et la notion biblique de sang fait référence à cette mort.

Pour ceux qui croiraient (v. 25) : La mort de Jésus n’a de l’efficacité que pour ceux qui croient. Cette notion a donné lieu à une controverse dans le monde évangélique. Les calvinistes ont affirmé, historiquement, que Jésus n’est mort que pour les personnes prédestinées par Dieu (sur la base, justement, de ce passage). Cette position a historiquement été appelée « l’expiation limitée » même si la majorité des calvi- nistes contemporains préfèrent la notion « d’expiation définie ».

Les arminiens, de leur côté affirment que Jésus est mort pour tous, même si ce ne sont que les croyants qui sont au bénéfice de son sacrifice. Cette position serait appelée « expiation illimitée ».

Mon opinion personnelle est que les deux ont une part de vérité (même si pratiquement personne ne croit que cela puisse être possible). En effet, il est absurde de se dire que Dieu, sachant à l’avance (et ayant même destiné d’avance) qui serait au bénéfice de l’œuvre de la croix, dise « je meurs pour des gens qui n’en profiteront jamais ». D’un autre côté, dans son immanence, Dieu mourrait bien pour tous ; et de notre point de vue limité, semblable à la vision immanente de Dieu, tout le monde pourrait être au bénéfice de l’œuvre de la croix, et nous devons les appeler à accepter que le Christ crucifié les représente devant le Père. Et il y a aussi un sens secondaire dans lequel la croix de Jésus était pour tous : sans la croix, toute personne mourrait dès qu’elle pèche. Comme le passage l’expliquera plus loin, il n’y a que par le fait que Jésus est mort à la croix que Dieu peut rester juste tout en étant patient avec les pécheurs. Et tout le monde est au bénéfice de sa patience.

B. Le Dieu juste – confirmation de la loi (3.25b-31)

a. Dieu est juste, même s’il n’y parait pas (3.25b-26)

Dieu est juste, même lorsqu’il est patient envers les pécheurs (v. 25) : La fin de ce verset introduit justement la notion de la patience de Dieu, et du rôle de la croix dans celle-ci. Les personnes qui avaient un souci pour la réputation de Dieu étaient de l’avis que Dieu devrait, pour démontrer sa puissance et pour se donner raison, frapper et vaincre ses ennemis en affermissant son peuple dans le pays qui leur était promis. Paul nous dit ici que sa patience n’était pas un signe de sa défaite : en effet, la victoire de la croix nous offre aussi l’explication de comment Dieu pouvait être juste alors même qu’il se montrait patient envers les injustes.

Dieu est juste, alors qu’il rend juste les injustes (v. 26) : Plus encore que d’avoir donné un moyen par lequel il pouvait être juste sans frapper le pécheur à l’instant « T » de sa désobéissance, Dieu a donné, en Christ, le moyen de rester juste tout en rendant justes les injustes. Une punition a bien été offerte, et sa justice a bien été satisfaite. Il n’est pas en train d’être laxiste face au péché, mais il est aussi en train d’être miséricordieux. Il n’y a que l’œuvre de la croix qui nous permette de faire cela. Ce n’est qu’à la croix de Jésus que justice et grâce se rencontrent. Les musulmans affirment à la fois que Allah est juste et que Allah est miséricordieux, mais ils n’ont aucun moyen de faire cohabiter les deux choses. Soit Allah punit le péché et n’accorde le pardon à personne. Il est alors parfaitement juste, mais où est sa miséricorde ? Ou bien il accorde le paradis à quelques uns, selon son bon vouloir. Il est alors miséricordieux. Mais il brade sa justice à la brocante de sa miséricorde.

b. La fierté exclue (ou comment dire Soli Deo Gloria en grec) (3.27-28)

Paul ici mentionne la fierté. Dans ce passage, il s’adresse au problème présent dans l’Église de Rome, de fierté du Juif, et de fierté du Grec. Mais cette affirmation va bien plus loin. En effet, il s’agit de la raison principale pour laquelle Dieu a élu depuis la fondation du monde qu’il passerait l’éternité avec l’humanité à travers le salut par la foi seule.

En effet, Dieu est parfaitement glorieux, et il veut que l’humanité voie en lui un Dieu pleinement glorieux. S’il se révélait comme moins que ça, il serait en train de mentir sur lui-même, et en plus, il ne nous montrerait l’étendue de sa personne, tel qu’il est vraiment (et il n’y a rien de meilleur que de voir Dieu tel qu’il est !)

Si nous pouvions venir devant Dieu et montrer nos propres œuvres comme la justification de notre salut, nous aurions bien de quoi être fiers. Mais Dieu a élu d’avance de sauver l’humanité par la foi seule en Jésus. La fierté est exclue. Ici, Paul le mentionne comme une conséquence de la croix, mais en Éphésiens 2.10, il le donne comme la raison d’être de la croix.

Ainsi, par la croix, c’est Dieu seul qui en retire de la gloire, et nous en retirons une satisfaction éternelle en nous délectant de sa gloire.

C’est par la loi de la foi que nous sommes rendus justes. « En effet, nous estimons que l’homme est rendu juste par la foi, indépendamment des œuvres de la loi. » (v. 28) Ce verset constitue une récapitulation de tout ce qui a été enseigné dans cette section.

c. Le Dieu de grâce, le Dieu des Juifs et des non-juifs (3.29-30)

Paul voit un lien entre cette affirmation magistrale et la question des Juifs et des non-Juifs. Où est ce lien ?

Le premier lien est le lien de la Loi. Si le salut était par la Loi, il ne serait que pour ceux qui ont reçu la Loi, c’est à dire les Juifs. Or le salut n’est pas par la Loi. Donc il n’est pas que pour les Juifs ! C’est là le lien qui est explicite au v. 30, où il dit qu’il ne justifie pas que les circoncis, mais aussi les incirconcis, et que les deux sont justifiés au moyen de la foi. Si c’était par la loi qu’ils étaient justifiés, ce ne seraient que les circoncis qui seraient justifiés.

La Diatribe

Nous avons vu à plusieurs reprises depuis le début de la lettre aux Romains qu’il s’adresse à un lecteur imaginaire, et qu’il répond à des objections hypothétiques avancées par ce lecteur. La diatribe est une forme d’enseignement en dialogue dans lequel l’enseignant arrive à la connaissance à travers des questions/réponses avec ses étudiants.

Il s’agit en réalité d’un style littéraire (ou tout du moins d’un ensemble de conventions littéraires) relativement fréquent dans la littérature grecque. Ce style littéraire avait le nom de « diatribe ». Il était utilisé en particulier dans les ouvrages polémiques, où l’auteur écrivait dans le but de convaincre. Il s’agit du but principal de Romains, et c’est pour cela que Paul utilise ce style. Il s’agit d’une manière pour nous de voir les enchaînements logiques dans la pensée de Paul, et de comprendre le flot du livre.

Article « Diatribe », Dictionary of New Testament Background

Le deuxième lien est que la foi, elle, est là pour être reconnue par tous. Il n’y a pas de distinction ethnique dans le concept de foi. Quel que soit le pays duquel vous venez, quel que soit votre arrière plan culturel, il n’y a rien qui fasse opposition à la foi en Jésus. Si on nous demandait d’être justifiés par le sens du rythme, certaines cultures seraient plus avancées que d’autres. Si on nous demandait d’être justifiés par les facultés athlétiques, certaines personnes seraient plus avancées que d’autres. Mais la foi, elle, est à disposition de tous de façon égale ! Donc le christianisme ne vient pas avec une culture nationale, mais elle vient instaurer la justice de Dieu dans nos cœurs, qui à son tour va nous conduire à manifester une culture contre-culturelle partout dans le monde.

d. La foi confirme la loi (3.31)

Paul opère la transition vers la prochaine section en levant une objection qui viendrait de la part de ses lecteurs. On nous dirait que la loi de la foi viendrait annuler la loi mosaïque. Mais Paul répond que nous confirmons la loi. La loi ne prêche rien d’autre que le salut par la foi. Pourquoi ?

Parce que la loi met l’accent sur notre péché. Le principe de la foi nous montre que nous ne pouvons être sauvés par la loi, et la loi ne dit rien d’autre. La loi est là pour mettre l’accent sur notre péché, pour révéler notre besoin de grâce. Et la grâce de Dieu vient nous apporter la solution mise en lumière par la loi.

Elle confirme le fait que nous sommes coupables, selon la loi. Et elle confirme le fait que le Dieu qui a donné la loi est juste, et qu’il est bon. Sans le principe du salut par la foi, la loi est donnée par un Dieu qui est juste, mais vicieux aussi.