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Romains 1.18-3.20 – Partie 4

par | Mar 25, 2018 | Blog | 0 commentaires

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

 

Voici une explication de Romains 3.9-20.

5 | Conclusion : nul n’est supérieur (3.9-3.20)

A. Sommes-nous supérieurs aux autres ? (3.9)

Paul vient résumer tout l’enseignement ci-dessus avec cette question : « sommes-nous donc supérieurs ? » Avec ce « nous », il s’identifie aux Juifs.

Il répond à cette question en disant « pas du tout », et en se justifiant de façon toute simple : « nous avons déjà prouvé que Juifs et non-Juifs sont tous sous la domination du péché ». Mark Seifrid avance que « la totalité de l’argumentation de Paul jusqu’ici est résumée en cette phrase. »

Pour Paul, il n’y a qu’un seul critère de supériorité parmi les être humains : d’être sans péché. Or, nous dit-il, il n’y en a aucun qui soit sans péché. Ni les Juifs, ni les non-Juifs.

B. Preuves bibliques (3.10-18)

Paul dit l’avoir prouvé déjà, mais il veut encore montrer, comme s’il ne l’avait pas encore suffisamment fait, que sa position est bien tout ce qu’enseigne l’Ancien Testament.

Il commence en citant le Psaume 14 (ou Ps 53 – les deux sont identiques !), avec une phrase du v. 1 (v. 10) , une phrase du verset 2 (v. 11) et la citation entière du v. 3 (v. 12). Ce Psaume est adressé à tous les hommes. Il est universel dans sa condamnation du péché de la race humaine. Si nous devions presser l’affaire, nous pourrions dire qu’il s’adresse plus aux non-Juifs qu’aux Juifs, puisque ce Psaume s’adresse par dessus tout à ceux qui disent en leur cœur : « Il n’y a pas de Dieu » (Ps 14.1) et que David en appelle à Dieu pour accorder « depuis Sion la délivrance à Israël ». Cependant ce n’est pas concluant ici, et il serait logique que Paul commence sa liste de citations en affirmant l’universalité du péché.

Il continue en citant la fin de Psaume 5.10, la fin de Psaume 140.4 et le début de Psaume 10.7 (vv. 13-14). Dans les deux premiers versets, ce sont exclusivement les ennemis de David qui sont visés par ces paroles citées. Bien souvent, dans les Psaumes, le « méchant » est tout homme qui se dresse contre David, qui lui symbolise l’homme juste, type* du Christ. Ces versets pourraient donc avoir une portée universelle. En re- vanche, dans l’histoire de la vie de David, les moments où il aura connu le plus de détresse personnelle aura été lorsqu’il se retrouvait pourchassé par ses propres congénères (1 Sa 18.1-16, 19.1-10, 21.2-26.25 ; 2 Sa 1.1-4.12, 15.1-20.22). A choisir, ces versets révéleraient l’impiété des Juifs, mais il semblerait que Paul a encore en tête des versets qui placent la culpabilité sur l’humanité entière. Cette universalité semble très claire, dans Psaume 10.7, qui est un Psaume (pas forcément écrit par David), où le psalmiste se lamente de la réussite des personnes mauvaises, sans jamais qualifier quelles sont se personnes.

Cependant, la citation d’Ésaïe 59.7-8 (vv.15-17), dans le contexte, se réfère très clairement à la communauté d’Israël. Ce passage est donné aux Juifs, exilés à cause de leur péché, et Paul fera, au chap 9 le rapprochement entre l’exil du peuple de Juda et la perdition des Juifs qui ne croient pas en Jésus. Est-ce que ce lien est présent à la pensée de Paul ? Nous ne pouvons pas le dire avec certitude, mais dans ce passage-ci, cela semble peu probable, au vu du caractère universel de toutes les autres citations.

En effet, la dernière référence scripturaire donnée par Paul (v.18) ici se trouve dans Psaume 36.2, où la personne visée a une portée universelle et indiscriminée.

Les citations de l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament

Il y a 295 références claires à l’AT dans le NT, et jusqu’à 4 105 allusions ou réminiscences (Huen). Les auteurs du NT ont une culture biblique bien supérieure à la notre, et écrivent à partir de cette culture. Les lecteurs auront, eux aussi, une culture biblique bien meilleure que la notre.

 

Aussi, lorsqu’un auteur du NT cite un texte de l’AT, le plus souvent, il aura en tête non seulement le texte lui-même, mais aussi tout le contexte de ce texte, et le sens de ce premier dans sa globalité. Il faut donc regarder au delà de la citation, et regarder où cette citation se trouve, ainsi que le sens du texte dans lequel il se trouve. Les auteurs du NT citent souvent à partir de la traduction grecque commune de leur époque, sans avoir toujours le texte hébraïque en tête.

 

La précision des citations n’est pas toujours absolue, mais ce qui est véhiculé par les auteurs du texte, ce n’est pas autant les mots exacts du passage cité que le message global de celui-ci dans son contexte. Ainsi, si le fait de citer une phrase précise de l’AT ne fera pas ressortir toutes les nuances du passage dans sa globalité, l’auteur du NT va changer la citation légèrement pour lui permettre de garder le sens plus large non seulement du verset cité, mais aussi du message invoqué dans le contexte élargi du verset.

De cette compilation de citations de l’AT, nous pouvons retirer une des doctrines les plus fondamentales de la sotériologie : la dépravation totale de l’homme.

 

La dépravation totale

La dépravation totale de l’homme est une doctrine selon laquelle toutes les parties de l’homme sont soumises à la chute. Notre corps tout entier, notre intelligence, notre raison, nos émotions, notre volonté… Il n’y a rien dans notre nature qui y échappe. Cela revient à dire que l’homme est dépravé de façon extensive.

 

Cependant, aucune partie de l’homme n’est totalement dépravée. Il y a encore, dans chaque partie de l’être de l’homme, quelque chose de bon. Le péché a une emprise sur tous les aspects de notre être, mais elle n’a l’emprise totale sur aucun aspect de notre être. Si l’homme est extensivement dépravé, il n’est pas intensivement dépravé.

 

A l’instar d’un miroir brisé, l’homme reflète maintenant de façon distordue l’image de Dieu qu’il est censé porter, mais il le reflète toujours en partie.

Ce que Paul décrit ici, c’est tout d’abord un humain qui a rejeté Dieu. Tom Schreiner signale que c’est à cinq reprises que ces versets signalent l’universalité du péché, en utilisant à chaque fois les mots « pas un seul » (vv. 10-12). Puis, Paul parle de la façon dont l’homme pèche contre les autres humains, à travers les différentes composantes de sa bouche (gosier, langue, lèvres, bouche) (vv. 13-14), et puis en se référant à ce qui a trait aux pieds (leurs pieds, leur passage, leur chemin) (vv. 15-17). Nous sommes dépravés de la tête aux pieds ! Paul finit en revenant au rejet de Dieu (v. 18).

Cette section forme une inclusio, où tout mal fait envers les hommes est encapsulé dans le rejet de Dieu lui-même. L’adikia est la conséquence de l’asebeia.

C. C’est par la loi que vient la connaissance du péché (3.19-20)

Paul revient sur la question de la loi, disant que « ce que dit la loi, c’est à ceux qui vivent sous la loi qu’elle le dit ». Il parle ici à nouveaux aux Juifs sous la loi, qui pensaient être déclarés justes par le fait d’entendre la loi. Ce n’est pas une loi pour juger les autres, mais bien pour être jugé, soi.

Paul dit qu’il en est ainsi « afin que toute bouche soit fermée et que le monde entier soit reconnu comme coupable devant Dieu » (v. 19). En effet, s’il vient de prouver que même ceux qui sont sous la loi écrite sont coupables de l’avoir transgressé, il en découle donc qu’ils sont condamnés. La question de la condam- nation de ceux qui n’ont pas la loi ne se pose pas ; d’autant plus que Paul a dit qu’ils sont tous coupables d’enfreindre leur loi intérieure.

Paul finit en expliquant que « personne ne sera considéré juste sur la base des œuvres de la loi » (v. 20). En effet, celle-ci pourrait nous rendre justes si, en l’écoutant, elle nous donnait la force d’y obéir. Mais Paul nous dit que « c’est par la loi que vient la connaissance du péché » (v. 20) et non la victoire sur le péché.

La loi nous dit ce qu’est le péché. Elle nous rend conscients du péché. Elle nous révèle la volonté de Dieu en matière de justice. Mais elle ne nous donne rien pour y obéir. Elle ne contient que malédiction (bien qu’étant elle-même bonne), parce qu’elle nous confronte à notre péché, qui nous condamne face aux requêtes de la loi.