Sélectionner une page

Les enfants dans l’église

par | Mar 22, 2018 | Blog | 0 commentaires

Un article du Monde récemment a mis en lumière un mouvement grandissant dans nos sociétés occidentales : les « Childfree » : des gens qui décident de ne pas avoir d’enfants ; et qui, pour certains d’entre eux, vont chercher à vivre leur vie dans des espaces où ils n’ont pas à croiser des enfants.

Sans parler du fait que ce désir grandissant chez nos contemporains de ne pas enfanter est un reflet plus large du fait que notre culture est en train de se suicider, cela révèle à nouveau le profond individualisme grandissant de notre société. Parce que les enfants nous gênent.

Et c’est sur qu’avoir des enfants, c’est vraiment pas simple. On en a trois, et la vie est plus complexe à un niveau inpensable avec des enfants. Mais enfanter, se mutiplier, fait partie de notre mandat créationnel. Pour ceux qui le peuvent, avoir des enfants fait partie de l’appel des hommes et des femmes mariés.

Le souci, c’est que nos églises courent un risque analogue à notre société : ils peuvent très vite devenir des espaces « Childfree ». On les sort, on les met dans une autre salle, on prend des bénévoles pas toujours très passionnés pour les faire jouer à quelque chose ou pour entendre une histoire de la Bible tandis que les grands font les trucs « importants » dans la grande salle… 

Voici Colossiens 3.18-4.1 :

« Femmes, soumettez-vous à votre mari comme il convient dans le Seigneur. Maris, aimez votre femme et ne vous aigrissez pas contre elle. Enfants, obéissez en tout à vos parents, car cela est agréable au Seigneur. Pères, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.

Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres terrestres, et pas seulement sous leurs yeux, comme le feraient des êtres désireux de plaire aux hommes, mais avec sincérité de cœur, dans la crainte de Dieu. Tout ce que vous faites, faites-le de tout votre cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes, sachant que vous recevrez du Seigneur un héritage pour récompense. En effet, le Seigneur que vous servez, c’est Christ. Mais celui qui agit injustement recevra le salaire de son injustice, et il n’y a pas de favoritisme. Maîtres, accordez à vos esclaves ce qui est juste et équitable, sachant que vous aussi vous avez un maître dans le ciel. »

Ne nous attardons pas, si cela vous est possible, sur certaines des choses qui ne semblent pas très savoureuses pour nous avec nos oeillères culturelles dans ce texte, et remarquons une chose. Cette lettre a été écrite par Paul aux églises. Les responsables l’auront reçu, et puis ils l’auront lu publiquement, lors d’un rassemblement de l’église.

Et notons donc une chose : Paul parle aux femmes adultes. Il présume qu’elles sont dans la pièce. Il parle aux hommes adultes. Il présume qu’ils sont dans la pièce. Et puis il parle aux enfants. Il présume qu’ils sont dans la pièce.

Que c’est intéressant ! Ses attentes par rapport au type d’atmosphère qui doit régner dans les rassemblements des chrétiens est totalement différent de nos attentes, en tant que chrétiens Occidentaux aseptisés. Les enfants sont là ! Dans la pièce ! Pendant le rassemblement normal des chrétiens. En train de grandir en Dieu au contact des autres membres de la communauté.

« Mais attends, ils vont faire trop de bruit ! Ca va gêner… » Oui. Ou peut-être que les attentes en termes de concentration et de recueillement n’étaient pas les mêmes. Peut-être qu’on devrait s’adapter.

« Oui, mais moi ça m’agace que les enfants des autres m’empêchent de vivre mon culte comme je veux… » Les enfants des autres ? Est-ce que Jésus semblait être concerné que les enfants qui courraient et jouaient et criaient autour de lui quand il enseignait étaient les enfants des autres ? Non, il les a traités comme ses propres enfants. « Laissez-les venir à moi ».

L’église est une grande famille. Et tant qu’on voit les enfants dans l’église comme les enfants des autres, on n’arrivera jamais à devenir le type de communauté que Jésus souhaite voir. Nous sommes frères et soeurs ! A tout le moins, les enfants des autres, dans l’église, sont vos neveux et nièces ! Changeons notre perspective sur les enfants dans l’église.

« Oui, mais mes enfants vont plus apprendre avec des activités dédiées… » En réalité, le peu de recherches qui ont été faites sur ce sujet semblent indiquer l’inverse. C’est lorsque les enfants sont intégrés pleinement dans la vie de l’église qu’ils grandissent dans le discipulat, statistiquement. Et la majorité des enfants qui ne connectent pas avec la vie plus large de l’église sont ceux qui ont été parqués dans des activités annexes. Ca paraît logique quand on y réfléchit vraiment…

« Oui, mais c’est vrai que ça fait un peu brouillon pour les non-chrétiens qui n’ont pas l’habitude quand ils viennent… » Mais peut-être que ce qui touchera les non-chrétiens, c’est la force de l’amour qui règne entre nous. N’est-ce pas ce que Jésus a dit ? Et Jean aussi ?

Maintenant, pour les parents, il y a aussi du travail à faire. Paul avait le souci que nos rassemblements se vivent avec un sentiment d’ordre. Il ne voulait pas que des gens parlent quand quelqu’un prophétise (1 Co 14.29-31). Il ne voulait pas que certain(e)s discutent entre eux quand d’autres enseignent (1 Co 14.35). Attention à ne pas confondre « ordre » avec « ambiance bibliothèque municipale ». Mais attention aussi à ne pas oublier l’importance de l’ordre quand on se réunit. Les parents doivent enseigner aux enfants à ne pas mettre le bazar pendant les rassemblements de l’église. Cependant, ce n’est qu’en le vivant qu’ils apprendront. Si on a l’habitude de sortir les enfants pendant qu’on se réunit, forcément ils ne vont jamais apprendre à bien se comporter pendant le rassemblement. Mais avec l’habitude et une bonne discipline parentale au quotidien, la majorité des enfants apprennent relativement vite à bien vivre ce genre de contexte.

Il faut aussi que l’église apprenne à vivre ses rassemblements sur un mode qui permette aux enfants d’y être et de participer. Ne forcez pas les enfants à interagir avec tout ce qui se passe à chaque instant. S’ils veulent dessiner pendant que vous louez, laissez-les faire. S’ils veulent bouquiner pendant que quelqu’un enseigne, aucun souci. Ils entendent et emmagasinent tellement plus qu’on ne le pense, même lorsqu’ils semblent distraits à autre chose.

Mais dans l’église simple, il est essentiel que nos enfants puissent vivre et voir et grandir avec nous dans nos rassemblements. Ils apprendront à être des disciples de Jésus bien mieux en étant avec leurs parents et en les observant qu’en étant mis dans d’autres salles. 

Nous avons un réel défi à vivre là-dedans, au vu de comment notre culture cherche à séparer enfants et adultes. Mais en redécouvrant un intergénérationnel radical, où chacun prend soin des enfants de chacun, où les plus âgés peuvent servir de grands-parents pour les enfants, où les ados peuvent aider les plus petits, où les jeunes adultes peuvent être un modèle pour les ados, etc, nous avons la possibilité de vivre quelque chose de très, très fort, qui sera un signe pour notre nation.

Et cela ne se passera que lorsque l’on apprend à accueillir les enfants dans le coeur même de tout ce que vit l’église de Jésus sur la terre.