Sélectionner une page

Romains 1.18-3.20 – Partie 3

par | Mar 16, 2018 | Blog | 0 commentaires

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

 

Voici une explication de Romains 2.17-3.8.

4 | L’inexcusable cas des Juifs (2.17-3.8)

A. Un peuple qui ne joue pas son rôle (2.17-24)

a. L’orgueil mal placé (vv.17-23)

Paul s’adresse maintenant aux Juifs (ou plutôt à ceux qui se donnent le nom de « Juif » – v. 17). Il leur montre toute l’hypocrisie de laquelle ils font preuve – hypocrisie relevée à bien des reprises par Jésus lui-même.

Cette hypocrisie vient du fait que le Juif, ayant la loi, se considère supérieur aux autres nations, et se pose en juge de celles-ci. Or Paul vient juste d’énoncer que ce n’est pas le fait d’entendre la loi, mai d’y obéir qui est l’essentiel (v. 13). Son verdict sur le peuple juif de façon générale est qu’ils ont bien entendu cette loi, et qu’ils la prêchent parmi les nations, sans pour eux mêmes la mettre en pratique.

Le peuple Juif avait bien un rôle donné par Dieu envers les nations : celle d’être une bénédiction. A la place de cela, ils se posent en juges condamnateurs, sans donner aucun espoir de rédemptions à ceux chez qui ils diagnostiquent une faille ou un manquement.

Paul dit qu’il prêchent la loi, sans la mettre eux mêmes en pratiques, et qu’ils sont donc sujets au jugement de Dieu par le simple fait qu’ils ne remplissent pas les recommandations de Dieu pour être comptés justes par lui – c’est à dire d’obéir à la loi dans sa totalité (v. 7).

b. Objets de blasphème parmi les nations (2.24)

Et alors qu’ils étaient censé être le moyen à travers lequel toutes les nations de la terre accourraient à Dieu, ils font des autres nations des blasphémateurs.

A première lecture, ce qu’il serait naturel de penser, en lisant ceci, c’est que ce sont les mauvaises actions du peuple Juif qui conduisent les nations à blasphémer contre Dieu. En effet, les observateurs extérieurs font toujours l’amalgame entre les actions du peuple de Dieu et la valeur intrinsèque de ce dernier. Paul ici pourrait être vu comme faisant référence aux actions indignes du peuple d’Israël, qui conduiraient les nations à les regarder et à se dire que leur Dieu est indigne.

Cette réalité que le peuple de Dieu a une responsabilité pour la réputation de Yahweh est une réalité bien présente dans l’AT comme dans le NT. Mais ce n’est pas exactement ce que Paul a en tête ici.

Paul mentionne le fait qu’il cite les Écritures. Ici, il cite Ésaïe 52.7. Dans le contexte, cette citation fait en fait partie d’une section de promesses de bénédictions faites aux Israélites. Le contexte est que Ésaïe a annoncé leur exil, mais ici il annonce leur retour d’exil avant même qu’ils soient partis. Il dit bien que Dieu est blasphémé parmi les nations à cause d’Israël. Cependant ce ne sont pas les mauvaises actions isolées d’Israël qui font que Dieu est blasphémé. La raison est le simple fait qu’Israël soit en exil. Le fait qu’ils ont été vaincus par d’autres nations fait que celles-ci pensent que Dieu est faible.

L’exil du peuple de Dieu en Babylone était bien à cause du fait qu’ils avaient péché contre Dieu. Mais c’est le fait qu’ils se retrouvent vaincus et exilés qui fait que Dieu est blasphémé parmi les nations, dans ce contexte-ci.

Comment Dieu va-t-il sauver sa réputation ? Dans le contexte d’Ésaïe, ce n’est pas qu’en ramenant des Israélites d’exil, mais en fait en attirant, en Christ, des gens de toutes les nations à le louer. Paul développera plus loin dans la lettre ce thème : le faux-pas des Juifs fera en fait que toutes les nations accourront à Dieu. Dans les cendres mêmes de la défaite du peuple de Dieu, celui-ci va se créer un peuple plus grand, plus universel, plus majestueux que tout ce que le monde avait vu jusque là.

Si le peuple Juif a été objet de blasphème, le nouveau peuple de Dieu uni en Christ glorifiera Dieu plus encore. Là où Dieu semblait vaincu, il est en train de faire quelque chose de plus glorieux encore.

B. La véritable circoncision (2.25-29)

a. Le circoncis incirconcis (v. 25)

Dans la pensée de Paul, partout où il parle des Juifs, ce qu’il a en tête, c’est l’attachement scrupuleux à la loi, et la pensée que c’est leur héritage spirituel et les lois rituelles qui les sauveront.

Il mentionne ici la circoncision, qui est un des thèmes clés sur lesquels tourne l’argumentation dans Romains.

En effet, la piété de beaucoup de Juifs dans ce contexte reposait dans le fait d’accomplir les rituels et les recommandations légales, en oubliant l’éthique et la vertu qui est le fond même de ce qui était voulu par l’esprit de la loi.

La circoncision est la chose qui représente de façon la plus claire ce contre quoi Paul se battait dans l’es- prit des Juifs : une religion de la forme et du rituel, qui peuvent être accomplis avec un cœur totalement inchangé. Les Juifs se glorifiaient d’accomplir ces rituels, pensant par là même qu’ils faisaient ce que Dieu voulait d’eux.

Mais les rituels étaient des choses qui permettaient d’affirmer de façon symbolique des réalités qui auraient dû être vécues réellement par le peuple de Dieu dans leur cœur. La circoncision a du sens, si nous accomplissons le reste de la loi. Nos actions réelles refléteraient alors que notre cœur est aligné à cette marque que les hommes portent dans leur chair.

D’être circoncis sans accomplir la loi serait comme de porter le maillot du PSG tout en chantant « allez l’OM ». Ce serait comme de porter une alliance en trompant son mari ou sa femme. Nos actions reflètent ce qui se trouve en réalité dans notre cœur, et c’est cela que Dieu recherche par dessus tout : des cœurs changés qui l’honorent lui.

En violant la loi, notre circoncision est révélée pour ce qu’elle est : un rituel formaliste vide de sens. Paul dira même que « la circoncision devient incirconcision » (v. 25).

Ce que cette phrase révèle, c’est que l’obéissance à la loi doit être complète pour nous tenir lieu de justice devant Dieu. Si une partie de la loi est enfreinte, elle l’est dans sa totalité. Que nous soyons circoncis de corps ou non, si une partie de la loi est enfreinte, nous ne sommes pas circoncis.

b. L’incirconcis circoncis (v. 26)

Mais cela va plus loin que ça. Parce que Paul dit ensuite, à travers une question rhétorique que ceux qui obéissent à la loi sans être circoncis sont en réalité circoncis. Mais comment cela est-il possible ? En effet, en ne se faisant pas circoncire, l’homme ne se rend-il pas coupable vis-à-vis de la loi ? En effet, celle-ci requiert la circoncision de l’homme, le huitième jour après sa naissance ! (Lv 12.3) Il nous faudra, pour cela, étudier la notion de la loi chez Paul.

La loi chez Paul

Paul semble dire tour à tour des choses contradictoires sur la loi. D’ailleurs, notre vécu à nous de celle-ci pourrait paraître contradictoire aussi. Pourquoi respectons-nous les 10 Commandements tout en reje- tant les recommandations alimentaires par exemple ?

La loi donnée à Moïse servait à donner un cadre de vie à un peuple au cœur de pierre pour qu’ils puissent refléter la gloire de Dieu au sein du monde païen duquel ils se trouvaient entourés. L’éthique de Dieu ne change pas (même si Jésus nous montre que l’éthique de la loi de Moïse ne va pas aussi loin que la pleine volonté de Dieu). En revanche les symboles physiques qui expriment l’appartenance à Dieu et le fait d’être mis à part pour lui changeront.

Il fallait, dans le contexte d’un cœur de pierre, donner des directives spécifiques pour éduquer le peuple sur les préceptes de Dieu. Paul contraste souvent la loi et l’Esprit. Cette distinction est là parce que l’Es- prit nous sert en réalité de loi intérieure pour suivre la volonté de Dieu. Nous avons, par l’Esprit, un cœur de chair. Celui-ci nous conduit à porter un certain type de fruit. Mais les recommandations symboliques n’ont plus leur sens dans l’âge de l’Esprit. Elles ne correspondent pas à l’éthique de Dieu, mais ont été mises en place pour éduquer un peuple au cœur de chair sur la sainteté de Dieu. C’était un moyen de permettre à des gens inconvertis de refléter tout de même la gloire de Dieu au sein d’un monde païen.

Ce qui a été annulé à la croix, ce n’est pas la volonté éthique de Dieu, et celle-ci est réitérée de façon permanente dans le NT. Ce qui a été annulé, c’est « la loi avec ses commandements et leurs règles » (Ep 2.15). « La loi est sainte, et le commandement est saint, juste et bon » pour Paul (Ro 7.12). Mais les préceptes, les règles qui ne concernent pas l’éthique ont été annulées par Jésus, à la croix, et par l’Esprit, qui nous donne notre cœur de chair.

La loi, pour Paul, se réfère donc le plus souvent à la loi de Moïse, mais dans d’autres contextes, il deviendra clair qu’il se réfère plutôt à la volonté éthique de Dieu, le barème selon lequel il jugera les actions des uns et des autres.

Cette distinction entre loi morale de Dieu et loi de Moïse ressort en Romains 2.27 où il parle de « loi écrite », en opposition à la loi tout court mentionnée en début de verset. Paul voit bien que la loi écrite de Moïse n’est pas la pleine volonté de Dieu. Il s’agissait simplement de la volonté de Dieu pour le peuple d’Israël dans leur contexte. Pour Dieu, la circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien. Dieu re- cherche des gens qui font le bien et recherchent la justice.

Il faut se garder d’essayer de mettre dans la bouche d’un auteur un sens unique pour chaque mot em- ployé. Comme pour la notion de « justice de Dieu », bien des chercheurs spécialistes du NT chercheront à trouver un sens unique, précis et technique pour ces termes clés dans la pensée et la théologie de Paul. La réalité, le plus souvent est que ces mots se référeront à des choses différentes selon le contexte dans lequel ils sont écrits. Ainsi, si le plus souvent, chez Paul, « loi = loi de Moïse », parfois ce terme voudra dire « volonté de Dieu en ce qui concerne les choix éthiques ».

Comme partout dans le langage humain, c’est le contexte qui dictera le sens que Paul met derrière les termes qu’il utilise.

 Il faudra donc que l’on voie que le concept de loi pour Paul est plus complexe que la simple idée de loi donnée à Moïse.

Ce qui compte pour Paul (et pour Dieu), c’est d’être circoncis de cœur, comme il le dira plus tard. Celui qui obéit aux recommandations éthiques de la loi montre qu’il est celui qui est circoncis dans son cœur.

Personne n’est en réalité justifié par la circoncision ou condamné par l’incirconcision. Ce n’est pas un péché de ne pas être circoncis, et Dieu ne reprocherait jamais cela à qui que ce soit devant le trône du jugement, sauf dans le cas où Dieu le demanderait spécifiquement à quelqu’un dans un contexte où ce symbole serait porteur de sens.

Quelqu’un pourrait donc, dans l’hypothèse, être déclaré juste par Dieu sur la base des œuvres sans avoir été circoncis. Un homme pleinement moral toute sa vie durant qui n’a pas été circoncis serait tout de même compté comme juste par Dieu.

c. Le jugeur jugé par le jugé (v. 27)

Et donc le paradoxe incroyable est que, alors que le Juif ayant reçu la Loi croit pouvoir se faire le juge des nations par le simple fait d’être né dans la descendance de ceux qui avaient reçu les lois écrites de Dieu, ce sont eux qui se retrouvent jugés par les personnes qui, bien que n’ayant pas reçu la loi, la mettent en pratique plus que les premiers ! Les jugeurs se retrouvent jugés par ceux là même qu’ils croyaient juger.

Sans dire pour autant que les non-Juifs pieux sont parfaits, ceux qui respectent plus la loi à travers leur conscience tiennent lieu de condamnation à toutes ces personnes qui, bien qu’ayant grandi dans un contexte idéal pour trouver Dieu, le rejettent quand même tout en se glorifiant d’avoir reçu la loi de Dieu.

d. Qui est réellement Juif ? (2.28-29)

Et comme si cela ne suffisait pas pour Paul de dire que l’héritage des Juifs ne suffit pas pour faire d’eux des amis de Dieu, il va maintenant un pas plus loin.

Il donne une des phrases qui est les plus importantes pour bien comprendre la relation entre les chrétiens et les Juifs dans la Bible toute entière : « Le Juif, ce n’est pas celui qui en a l’apparence, et la circoncision, ce n’est pas celle qui est visible dans le corps. Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement, et la circon- cision, c’est celle du cœur, accomplie par l’Esprit et non par la loi écrite. La louange que reçoit ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » (vv. 28-29)

D’après Paul, la judaïté n’a rien à avoir avec l’ascendance physique, ni avec la circoncision. On n’est pas Juif juste en étant circoncis.

Dans un sens, donc, la judaïté est une réalité plus restreinte que ce qu’en concevaient les descendants physiques d’Abraham au temps de Paul (et aujourd’hui encore) : il ne suffit pas d’être circoncis extérieurement pour être considéré Juif.

Mais au verset 29, Paul va dire que la judaïté est une réalité moins restreinte que ce qu’en concevaient les descendants physiques d’Abraham au temps de Paul (et aujourd’hui encore) : on peut être Juif sans descendre d’Abraham !

Le Juif, ce n’est pas celui qui descend physiquement d’Abraham. Le Juif, c’est celui qui est circoncis dans son cœur.

Les implications de ces versets sont énormes en ce qui concerne notre lecture de l’Ancien Testament, et en ce qui concerne la façon dont on verra le peuple juif aujourd’hui.

Les promesses de l’Ancien Testament sont bien données aux Juifs. Mais Paul est en train de nous dire que les Juifs, ce ne sont pas ceux qui en ont l’apparence externe. Les promesses de Dieu n’ont pas changé. Il fera toujours pour son peuple ce qu’il a promis de faire pour son peuple. Simplement nous avions mal compris quel était ce peuple. Il ne s’agissait pas exclusivement des enfants physiques d’Abraham, mais de toutes les personnes qui avaient sa foi (Paul le développera au ch 4).

Il n’y a pas eu, comme certains l’enseignent, un remplacement du peuple Juif par les chrétiens en Christ. Dieu n’annule pas ses promesses envers le peuple Juif.

En revanche, nous ne pouvons pas considérer que les descendants physiques d’Abraham qui ne croient pas en Jésus aient quelque part que ce soient aux promesses de Dieu : ils ne sont pas en réalité des Juifs, selon Paul.

Ce qui se passe, en Christ, c’est que la promesse est rendue visiblement efficace pour l’humanité entière, et plus seulement pour les descendants physiques d’Abraham.

Il y a une redéfinition du peuple de Dieu. Alors que l’on pensait que le peuple de Dieu étaient les descen- dants physiques d’Abraham, Isaac et Jacob, Paul est en train de dire que le peuple de Dieu, celui qui est attaché à la vigne, ce sont les branches greffées et qui sont venues remplacer les branches retranchées.

Ainsi, toutes les promesses de l’Ancien Testament sont pour le peuple de Dieu, c’est à dire les Chrétiens, et non pas les adhérents de la religion juive, ou les descendants physiques des 12 tribus.

 

Ceci a une incidence énorme sur des questions comme la validité d’un état d’Israël dans les terres qui cor- respondaient à la terre promise. S’ils ne croient pas en Jésus, ils ne sont pas le peuple de Dieu, et ils se sont donc écartées des promesses de Dieu, qui sont d’ailleurs toutes accomplies en Christ, et en Christ seul.

C. Quelles conclusions tirer ? (3.1-8)

a. L’avantage des Juifs (vv. 1-2)

Ayant dit tout cela, Paul sent que l’objection vient de la part de ses lecteurs Juifs : « Quel est donc l’avantage des Juifs ou quelle est l’utilité de la circoncision ? » (v. 1)

Si cette question vient, c’est bien parce que Paul s’attend à ce que ses lecteurs comprennent qu’il est en train de dire ce que nous venons d’expliquer.

Ici, Paul répond de façon très brève. Il donnera une réponse plus longue en 9.4, mais pour l’heure, il estime que sa réponse en une phrase sera suffisante : « Tout d’abord c’est à eux que les paroles révélées de Dieu ont été confiées » (v. 2).

Ils sont les récepteurs originaux des paroles de Dieu dans l’Ancien Testament. C’est un avantage à plusieurs niveaux :

L’estime : Il y a une estime et une fierté à retirer du fait de faire partie du peuple à travers qui Dieu a décidé de se révéler dans notre monde.

L’héritage spirituel : D’avoir été un peuple qui a eu une règle de vie donnée par Dieu, sur un nombre de générations leur donne très nettement un avantage sur les autres peuples. De la même façon que de grandir dans une famille chrétienne est un avantage, il y a un avantage à avoir fait partie d’une lignée de personnes qui connaissent les paroles de Dieu.

b. Leur incrédulité annule-t-elle la fidélité de Dieu ? (vv. 3-4)

Une deuxième objection se lève contre les propos de Paul. Partant du constat que bien des Juifs n’ont pas cru en Christ, d’aucuns pourrait se dire que Dieu n’est pas fidèle à ses promesses. Si Dieu a bien promis le salut aux Juifs, à travers la loi, mais que maintenant Dieu nous dit que le salut est sur la base de la foi et non de la loi, Dieu serait-il donc infidèle envers son peuple ?

Ici, Paul retourne en fait la question. Il nous ordonne de reconnaître que Dieu est vrai et que tout homme est un menteur. Autrement dit, ce n’est pas Dieu qui est infidèle lorsque des hommes ne sont plus au bénéfice de ses promesses, mais l’homme. Dieu restera toujours fidèle à ses promesses. Si quelqu’un se retrouve en dehors des promesses de Dieu, ce n’est pas à mettre au compte de Dieu, mais au compte de l’homme infidèle. Son infidélité est ce qui le met à l’extérieur du camp ; pas l’infidélité de Dieu.

Paul justifie ses propos en citant le Psaume 51.6 : « Ainsi tu as été trouvé juste dans tes paroles et tu triomphes dans ton jugement. » Ce Psaume est le Psaume écrit par David alors qu’il vient de coucher avec Bath-Sheba. Le fait que Paul cite ce verset là n’est pas anodin au vu de son contexte. C’est un Psaume de repentance de la part d’un membre du peuple d’Israël, de quelqu’un qui a reçu les promesses de Dieu de façon très particulière. Une partie du message de Paul qui est là en filigrane dans ce passage, c’est qu’il faut que les Juifs se repentent de leur péché et qu’ils se tournent vers Dieu en Christ pour être pardonnés et rester au bénéfice des promesses de Dieu.

Dieu ne peut jamais être mis au banc des accusés. Sa personne même décide de la loi et du bien. Il n’est pas infidèle, et lorsque l’on voit quelqu’un ne plus être au bénéfice des promesses de Dieu, il ne faut pas regarder à Dieu pour trouver la faute, mais à l’homme.

Paul reviendra également sur cet enseignement bien plus en profondeur au chapitre 9. En réalité, les cha- pitres 4 à 8 (ch 5-8 en particulier), s’ils sont les passages les plus mémorables de Romains, sont un énorme ex cursus dans le fil de la pensée de Paul, où il clarifie des concepts et des enseignements, pour pouvoir être bien compris lorsqu’il parle de la question des Juifs et des non-Juifs aux chapitres 3 et 9.

c. Si notre injustice met en évidence la justice de Dieu, que dirons-nous ? (vv. 5-8)

Trois ultimes questions, relevant deux dernières objections se lèvent contre l’idée du salut par la foi seule, en dehors des œuvres de la loi, partant du raisonnement suivant : « Quelles conclusions pouvons-nous tirer de l’idée que notre injustice met en évidence la justice de Dieu ? »

– 1. La première objection, manifestée à travers deux questions similaires est que, si c’est bien cela que Paul enseigne, comment Dieu peut-il déchaîner sa colère tout en restant juste ? Il serait en train de punir des personnes qui en fait le glorifient à travers leurs mauvaises actions ! (v. 6) « Si mon mensonge fait d’au- tant plus éclater la vérité de Dieu pour sa gloire, pourquoi donc serais-je moi-même encore jugé comme pécheur ? » (v. 7)

Ce sont des vraies questions, qui se posent déjà dans l’Ancien Testament. En effet, à plusieurs reprises, Dieu est celui qui régit l’histoire de telle manière à ce qu’il soit glorifié par des actions pécheresses, tout en condamnant les acteurs de ce péché. Comment faire sens de tout ça ? La question se pose d’autant plus avec la croix, où Dieu se glorifie le plus au monde à travers l’action la plus pécheresse au monde. Et le même principe est à l’œuvre ici, où le mal que nous commettons devient une source de gloire pour Dieu, alors qu’il démontre sa bonté à la terre entière en justifiant les injustes ! C’est cette dernière vérité qui est relevée par l’interlocuteur supposé de Paul, mais le principe court à travers la Bible toute entière que c’est face au mal qui existe dans ce monde que Dieu démontre le plus que lui est glorieux et victorieux de ce mal. La Bible affirme à la fois que « Dieu est au ciel, tout ce qu’il veut il le fait » (Ps 115.3), que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Ro 8.28), qu’il est celui qui dirige la main des méchants, qu’il donne l’autorisation à Satan de frapper Job, mais aussi que Dieu juge le méchant et qu’il punit le mal.

Comment faire sens de tout cela ? Dans ce passage, Paul donne une réponse évasive dans un sens, parce qu’il veut passer au cœur du problème, plaçant de côté les questions qui sont secondaires à cette question. En effet, à la question de savoir si Dieu est injuste quand il déchaîne sa colère, il répond : « Certainement pas ! Autrement, comme Dieu pourrait-il juger le monde ? » Cette réponse est donnée aux lecteurs Juifs, qui avaient une confiance très aiguisée en la vérité que Dieu jugerait le monde. Paul raisonne en leur faisant voir que si Dieu peut juger le monde, il faut bien qu’il soit juste. Or les Juifs savent que Dieu jugera le monde, et qu’il ne peut donc pas être injuste. Leur accusation ne rime donc à rien.

Cette réponse ne nous satisfait pas toujours, parce que nous vivons dans un contexte athée, où toute accusation d’incohérence théologique serait une façon de montrer que Dieu n’existe pas : « ta pensée est incohérente, ce qui prouve bien que la croyance en Dieu est incohérente ». Ce climat n’est pas le climat de Paul. Les deux parties croient bien en Dieu, et ce qui est débattu ici, c’est la question de savoir si une position théologique est vraie ou pas. Paul se base sur des croyances partagées par lui et ses adversaires pour montrer qu’il n’a pas tort. « Il est évident que Dieu n’est pas injuste ! Sinon il ne pourrait pas juger le monde ! » Mark Seifrid nous dit : « Paul ne fait pas une théodicée ici ; il annonce le triomphe de Dieu sur le mensonge humain. »

– 2. La deuxième objection est que si Paul a raison, il serait logique de se dire que notre responsabilité se- rait de faire du mal, afin que le bien de Dieu en découle. Certains pourraient faire dire ça à l’apôtre. C’est clai- rement une accusation qu’il a entendu auparavant, disant qu’il cite ici les paroles de gens qui le calomnient.

Il répond en disant : « la condamnation de ces gens est juste ». Il y a beaucoup d’humour dans cette réponse, étant donné que jusque là, toute la discussion a été tournée autour de la notion de justice de Dieu, et de la question de la justice de Dieu alors qu’il condamne les hommes. Paul dit ici : « s’il y a une chose que le Dieu juste devrait condamner, c’est bel et bien les paroles de ces calomniateurs ! »

Le mal fait-il partie du plan de Dieu ?

Si la réponse de Paul aura sans doute satisfait ses lecteurs Juifs, la question demeurera sans doute pour nous. Dieu peut-il tout régir, y compris le mal, tout en restant juste ?

 

Il y a un enseignement tout au long de la Bible selon lequel Dieu fait subvenir des choses mauvaises pour se glorifier.

 

Il nous faut noter que la Bible n’appelle pas ça un péché. Il y a une réalité fondamentale que l’intention derrière une action est ce qui détermine si une action est pécheresse ou pas. Les frères de Joseph avaient « projeté de [lui] faire du mal, mais par ce qu[‘ils ont] fait, Dieu a projeté de faire du bien en vue d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux » (Gen 50.20 [Semeur]). Les traductions Segond, Français Courant et Segond 21 disent que « Dieu l’a changé en bien », montrant par là une réactivité de Dieu. Mais le mot dans l’Hébreu original (chasab) dénote bien une action d’intention divine, où il planifierait les péchés des frères de Joseph pour le bien. Ce mot chasab est utilisé pour parler de l’intention des frères en début de verset, et utilisé à nouveau pour parler de l’intention de Dieu en fin de verset.

 

Nous le voyons à la croix. Actes 4.27-28 nous dit que c’est bien Dieu qui avait prédestiné le meurtre du Fils par la ligue « d’Hérode, Ponce Pilate […] et la nation d’Israël ». Ces derniers l’avaient fait pour le mal. Dieu l’a fait pour le bien.

 

Le bien le plus ultime, dans toutes nos actions, c’est de « servir à la gloire de sa grâce ». Éphésiens 1.6- 5, 11-12 nous dit que la croix et tout le reste ont été prévus pour cette seule fin. Il n’y a rien que l’homme puisse faire qui constitue un meilleur bien que de glorifier Dieu lui-même, et rien que nous puissions faire qui soit pire que de bafouer sa gloire.

 

Il n’y a aucune manière à travers laquelle Dieu pourrait être plus glorieux qu’en se révélant pleinement aux hommes, tel qu’il est vraiment, dans toute l’étendue de son caractère (son amour, sa puissance, sa grâce, sa colère, sa sainteté etc…), et de faire concourir toutes choses vers cette fin ultime est une intention absolument parfaite pour Dieu.

 

Or la majorité des aspects du caractère de Dieu ne ressortent que très peu (grâce, amour, etc…) ou pas du tout (colère, pardon, etc…) s’il n’y a pas de mal.