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Romains 1.18-3.20 – Partie 2

par | Mar 7, 2018 | Blog | 0 commentaires

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

 

Voici une explication de Romains 2.11-16.

2 | Dieu juge le pécheur (2.1-11)

A. L’auto-condamnation du jugeur jugé (2.1-3)

Paul s’adresse ici aux hommes qui jugent les autres. Ce développement est particulièrement intéressant, compte tenu de son lectorat, et de leurs arrogances respectives, Juifs comme non-Juifs. D’autant plus intéressant que l’antidote prescrite par Paul au cours de la lettre à ces conflits d’ordre ethniques est l’évangile. L’évangile est la chose même qui nous permet de ne pas aborder les gens avec une attitude de jugement, mais plutôt d’humilité.

Il développe ici l’idée que ceux qui jugent les autres attestent de leur propre condamnation. En effet, nous dit Paul, ces personnes font ces choses même qu’ils disent aux autres de ne pas faire (vv. 1-2).

Le fait de se poser en juges ne leur permettra en aucun cas d’échapper au jugement de Dieu (v. 3). Si nous croyons que de faire le justicier nous marquera des points devant Dieu, nous nous trompons assez sévèrement.

B. La bonté de Dieu : agent de repentance (2.4)

Paul développe ici encore toute la profondeur de la désobéissance de l’homme. Ce n’est pas le jugement qui poussera les hommes à se repentir, mais plutôt la bonté de Dieu !

En agissant mal, ces jugeurs-jugés se moquent de la bonté de Dieu en se repentant pas, même face à sa grande grâce.

Et en cherchant à faire se repentir les autres à travers le jugement, ils travestissent encore plus la façon d’agir de Dieu.

Ce n’est qu’en contemplant les bontés de Dieu que nous serons menés à une véritable repentance ; pas en contemplant avec crainte les choses qui nous arriveraient si on ne se repentait pas. Une repentance qui surviendrait à cause de la peur du jugement serait motivée par des raisonnements égoïstes. Ce n’est qu’en contemplant la bonté de Dieu que la repentance est centrée uniquement sur Dieu, et non pas sur nous.

C. Dieu traite chacun conformément à ses actes (2.5-8)

Paul montre maintenant que ce n’est pas en jugeant que l’on est justifié. Il affirme que c’est « par [s]on endurcissement et [s]on refus de [s]e repentir » (v. 5) que l’injuste amasse sur lui la colère de Dieu.

La colère de Dieu sur l’homme ne vient de nulle part d’autre que le fait que celui-ci ne se repent pas, et que son cœur est rebelle envers Dieu.

En effet, « il traitera chacun conformément à ses actes » (v. 6). Ceux qui font le bien recevront la vie éternelle. Ceux qui font le mal récolteront « son indignation et sa colère » (v. 8).

Il semblerait qu’ici, Paul soit en train de prêcher le salut par les œuvres.

En réalité, ce que Paul fait ici, c’est de parler en des termes absolus. Comme il le dira plus tard, au verset 13, ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi, mais ceux qui la mettent en pratique qui seront déclarés justes. Il est absolument vrai, dans un sens absolu, que le salut serait accordé à celui qui mettrait en pratique toute la loi. La seule raison pour laquelle Paul développe ensuite la théologie du salut par la grâce est à cause du constat, plus loin, que tous ont péché (3.23).

Dans un sens absolu, le salut est possible par les œuvres. En réalité, il ne l’est pas, puisqu’il n’y a pas un juste, pas même un seul (3.10).

D. Le Juif d’abord ; le non-Juif ensuite (2.9-11)

Paul finit cette section, où il est question de l’injustice de tous, en répétant ce qu’il vient de dire aux versets 7 et 8 (c’est à dire que le juste aura la vie éternelle, mais que le pécheur subira l’enfer), mais en rajoutant à chaque fois la mention : « le Juif d’abord, mais aussi le non-Juif »

Que veut donc dire cette phrase ?

Kenneth Barker & John Kohlenberger III, dans leur « Expositor’s Bible Commentary » affirment qu’il s’agit ici d’un reflet de la séquence chronologique dans laquelle Dieu a eu affaire aux différents peuples. Il aurait d’abord eu affaire aux Juifs, et ensuite seulement aux non-Juifs, et c’est cette réalité qui serait reflétée dans cette expression. Ceci me paraît peu probable, pour deux raisons. Premièrement, cette expression semble comporter une notion de primauté accordée au peuple juif. Le « d’abord » n’est pas que premier dans un ordre chronologique, mais aussi dans un certain ordre de prestige.

Les commentateurs partisans du sionisme auront plus tendance à voir dans ce verset une preuve de la place plus importante accordée aux Juifs dans le cœur de Dieu. Ceci semble mal coller avec les données du texte aussi, pour deux raisons. Premièrement, si les bonnes choses sont données aux Juifs en premier, les mauvaises choses aussi sont données aux « Juifs en premier ». Deuxièmement, le verset 11 semble platement nier cette affirmation de primauté intrinsèque du peuple Juif. « Dieu ne fait pas de favoritisme ».

Jean Calvin et Douglas Moo me paraissent être les plus proches de la pensée de Paul, ici : il y a bien une primauté accordée au peuple Juif dans ces versets, nous disent-il. Mais elle n’est due à aucune autre raison qu’au fait que c’est eux qui ont eu la loi. « Les Juifs prennent la primauté dans ce cas-ci, car ils avaient, contrairement aux autres, et les promesses, et les menaces de la loi » (Calvin). Ceci semble coller avec ce que dira Paul plus tard, en réponse à la question : « quel est donc l’avantage des Juifs ? » (3.1- 2) David Allen fait remarquer que dans la Septante, les mots détresse (thlipsis) et angoisse (stenochoria) apparaissent trois fois dans Deut 28.53 et suivants. Ce passage est une liste de sanctions données par Dieu aux Juifs qui désobéiraient à la loi. La loi de Dieu donne avant tout une responsabilité au peuple Juif, plus qu’un statut préférentiel. John Stott et Samuel Bénétreau semblent également suivre cette position, en ajoutant (pour Bénétreau) la notion que les Juifs devraient déjà avoir la certitude de la bonté de Dieu, et de son jugement. Martyn Lloyd-Jones, lui aussi, semble suivre cette position, même s’il pèche, d’après moi, du côté de mettre exclusivement l’accent sur le fait que l’intensité du jugement frappera plus sévèrement les Juifs. Ce passage démontre une position plus équilibrée, où si la primauté dans le jugement est réel, dû à la responsabilité qui vient avec le fait d’avoir été récepteurs de la loi, la primauté dans la bénédiction est elle aussi bien affirmée dans ce texte.

Ce passage met donc bien en exergue la tension de la relation du chrétien avec le Juif. Celui-ci n’est pas sauvé à cause du simple fait qu’il a la loi. Mais d’un autre côté, il a un avantage, dans les promesses, mais aussi dans le jugement.

Paul conclut cette section de façon à être bien compris de tous : le jugement et la promesse sont pour tous (bien qu’avec une primauté pour les Juifs). « Car devant Dieu, il n’y a pas de favoritisme. » (v. 11)

3 | L’inexcusable cas des non-juifs (2.12-16)

Après avoir énoncé que Dieu ne fait pas de favoritisme, Paul continue en expliquant ce en quoi les non-Juifs sont inexcusables, et puis ce en quoi les Juifs le sont tout autant.

A. Principe général : mettre en pratique la loi (2.12-13)

Il commence en affirmant que tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi. Autrement dit, si tu n’as pas eu accès à la loi, ce n’est pas par la loi que tu seras jugé ; mais tu périras quand même. Il n’y a pas de salut hors de Christ. Et si l’ignorance des uns ou des autres les excuserait, de façon hypothétique, la réalité est que même ceux qui n’ont pas eu la loi périront.

Paul dit ensuite une deuxième phrase qui ressemble à la première : « ceux qui sont sous la loi seront jugés au moyen de la loi » (v. 12). Autrement dit, ceux qui ne sont pas sous la loi de Moïse ne seront pas jugés par celle-ci. Il est en train de dire à son lectorat que le barème le plus sévère est réservé aux Juifs ayant entendu la loi. Dieu juge bien selon le niveau de connaissance que l’on a reçu de Dieu, et de Jésus-Christ.

Il explique un peu plus encore en disant que ce qui nous rend justes aux yeux de Dieu, ce n’est pas d’avoir écouté la loi, mais c’est bien de la mettre en pratique. Il s’adresse principalement aux Juifs en leur disant que le fait d’avoir écouté la loi ne leur suffit pas pour être justifiés, mais il s’adresse aux deux en leur disant que ce qui nous tient lieu de justice devant Dieu, c’est l’obéissance à la loi.

B. Quelle loi pour les non-Juifs ? (2.14-16)

Si les lecteurs non-Juifs n’avaient pas repéré, au v. 12 que Paul avait dit noir sur blanc qu’ils périraient sans la loi, Paul rend la chose très explicite ici.

En effet, le lecteur non-Juif aurait bien pu demander, ici, « mais alors quel barème Dieu utilisera-t-il pour nous ? Nous n’avons jamais reçu la loi, donc nous ne serons pas jugés au moyen de la loi. Notre ignorance nous justifie-t-elle ? »

La réponse de Paul est une des sections de la Bible qui doit nous motiver le plus à la mission : oui, les per- sonnes qui n’ont jamais reçu la loi périront bien, parce que leurs actions nous montrent bien qu’en réalité, la loi, ils l’ont.

Paul dit au v. 14 que lorsqu’un non-Juif agit bien, il se sert de loi à lui-même, bien que n’ayant pas la loi de Moïse. Nos consciences nous montrent que nous avons bien la loi de Dieu dans notre cœur. Elle est là de façon imparfaite, mais toute société comporte au moins un brin de moralité.

Et même cette moralité là, aucun homme n’y a adhéré à 100%. Nous avons tous fait des compromis même sur les faibles lois morales que nous avions de façon naturelle. Nul besoin pour un non-Juif d’écouter la loi pour la connaître. Il l’a déjà, en bribes, dans son cœur. Et donc bien que n’étant pas sous la loi, il mourra – sans la loi.

Nous avons tous une conscience (ce que Paul appelle des « pensées qui nous accusent ou nous défendent tour à tour », v. 15). Nous sommes donc inexcusables.

Paul conclut en disant que ce cœur conscient du péché, mais rebelle tout de même, apparaîtra au jugement final. Lorsque « Dieu jugera par Jésus-Christ le comportement secret des hommes » (v. 16), l’inexcusable cas des non-Juifs sera révélé au grand jour.