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Romains 1.18-3.20 – Partie 1

par | Fév 26, 2018 | Blog |

 

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

 

Voici une explication de Romains 1.18-32.

1 | Le péché est commis par tous (1.18-32)

Paul entre ici dans le cœur de son argumentaire, en détaillant la réalité absolue que tous ont péché.

Dans le contexte de Romains, il faudra être attentif aux moments où Paul utilise le mot « tous ». Il s’agit du mot que Paul utilisera lorsqu’il cherche à mettre les Juifs et les non-Juifs dans la même catégorie. Ce mot « tous » a bien une portée universelle, mais chez Paul, il a avant tout la notion de « Juifs comme non-Juifs ».

Certains commentateurs ont vu dans cette section l’idée que Paul ne parle ici que des non-Juifs. Il semblerait, toutefois, que bien que Paul décrive ici des activités païennes, il parle de tous les hommes, et non pas seulement des non-Juifs.

A. Colère contre l’injustice (1.18)

a. L’enchaînement logique

La première chose à faire remarquer ici, c’est que Paul contraste la justice de Dieu, qui est omniprésente dans le verset 17, avec l’injustice des hommes ici au verset 18.

C’est là l’enchaînement logique dans la pensée de Paul. Il vient de donner un bref condensé du message de l’Evangile, en nous parlant de la « justice de Dieu » révélée « par la foi et pour la foi ». Il termine son résumé de l’Evangile en disant que « le juste vivra par la foi ». Et ici, il passe directement sur le thème de l’injustice.

Si l’Evangile est le message de la justice de Dieu, manifestée en l’Evangile et accordée à ceux qui croient, il faudra bien que Paul commence l’exposé en mettant l’accent sur notre injustice. Il est en train d’exposer le contexte dans lequel Dieu viendra manifester sa justice, et il nous démontre l’étendue de sa grâce en mettant devant nous l’étendue de notre besoin de grâce.

b. Le Dieu en colère (v. 18a)

Dieu est en colère, nous dit ce passage. Même en l’an 57 ap JC ; même après la croix de Christ, Dieu est en colère. L’Evangile que Paul est sur le point d’exposer commence avec la colère de Dieu. Pas de colère, pas d’Evangile. Le Dieu de la Bonne Nouvelle est un Dieu en colère contre le péché.

Et plus que cela : il agit selon sa colère. Celle-ci se révèle du ciel contre « toute impiété et toute injustice des hommes ».

La première chose à faire ressortir ici, c’est qu’il n’y a pas de dichotomie réelle entre la façon d’agir de Dieu dans l’Ancien Testament et sa façon d’agir dans le Nouveau Testament. Dans les deux alliances, Dieu est fidèle et favorable envers son peuple et dans les deux alliances, Dieu est en colère contre ceux qui le rejettent. La différence se trouve dans le fait que dans la nouvelle alliance, nous avons la connaissance de la façon dont Dieu peut se permettre de faire grâce à ceux qui croient ; ainsi que dans le fait que dans la nouvelle alliance, la porte est ouverte au monde entier pour accourir librement et à grand flots.

Mais dans l’Ancien et le Nouveau Testament, le salut est par la seule grâce de Dieu, par la seule foi en Dieu (nous le verrons plus loin) ; et la colère de Dieu a toujours été, et sera toujours manifestée contre les personnes qui le rejettent, et en particulier contre les actions qui le rejettent et le renient.

Ce passage dit que c’est contre « toute impiété » et « toute injustice » que cette colère est manifestée.

– L’impiété (asebeia), c’est la disposition négative envers la personne de Dieu ; l’envie de choses contraires à Dieu.

– L’injustice (adikia), c’est l’action négative qui découle de la disposition de cœur, et le statut de pécheur qui résulte de cette action devant Dieu.

Le Dieu saint et en colère

« Sa sainteté et sa beauté sont inséparablement liées à sa colère. Si Dieu est le créateur de la beauté et de la bonté, et celui qui ordonne que celles-ci existent, et que cela ne le dérange pas que nous-nous mettions en travers de ces choses, il est, au mieux, indifférent au péché, et au pire ne fait aucun cas de la douleur causée à travers le monde par cette rébellion. Donc la colère de Dieu envers la désobéissance est intrinsèquement liée à sa sainteté et sa beauté ; on ne peut pas les séparer. Il n’est pas saint et beau s’il n’éprouve pas de la colère envers la rébellion contre cette sainteté, contre cette beauté. On ne peut pas séparer ces deux idées. »

 

– Matt Chandler

Le Dieu bon et en colère

La bonté de Dieu se manifeste à travers sa colère aussi. Un Dieu qui voit souffrir ses enfants aux mains d’autres enfants, et qui ne ressent pas de la colère n’est pas un Dieu bon. Le Dieu de la Bible est parfaitement bon, aussi parce qu’il est en colère contre tous ceux qui commettent le mal envers ceux qui le déshonorent, et qui font du mal à sa création, ce faisant. La vision de la bonté de Dieu dans la Bible n’est pas réductrice, comme elle l’est dans notre société.

c. La vérité prisonnière (v. 18b)

Cette impiété et cette injustice gardent la vérité prisonnière. Il s’agit d’une des choses fondamentales qu’opère le péché en nous.

La vérité la plus fondamentale de cet univers est que Dieu est Dieu. Il n’y a pas de vérité plus présente dans cet univers que celle-ci.

Cette vérité est prisonnière parce que notre disposition de cœur, premièrement, a cru en un mensonge : celui que Dieu n’est pas Dieu. Si nous avons une attitude d’impiété, c’est que nous avons mal perçu la vérité que Dieu est Dieu. Ce passage nous dévoile que nous n’avons pas reconnu Dieu tel qu’il est. Si nous voyions Dieu comme étant aussi bon qu’il est, aussi puissant qu’il est, aussi saint qu’il est et aussi merveilleux qu’il est, il n’y aurait pas un seul homme qui manquerait de voir que Dieu est Dieu. Sa divinité est manifeste d’elle-même, et quiconque ne voit pas Dieu comme Dieu a cru un nombre de mensonges sur Dieu. Ainsi, l’impiété découle d’un mensonge, et elle révèle le fait que nous avons cru à ce mensonge. Si nous voyions la vérité clairement, nous aurions une disposition positive envers la personne de Dieu ; et nous n’aurions aucune envie pour les choses qui sont contraires à Dieu. Si nous croyions profondément la vérité, il n’y aurait pas d’impiété.

Et cette vérité est prisonnière parce que nos actions négatives donnent du corps à ce mensonge ; à cette fausse conception de Dieu. Toute action mauvaise est premièrement mauvaise parce qu’elle ne reflète pas la gloire de Dieu. C’est d’ailleurs là le barème de Dieu pour mesurer si une action est bonne ou pas. Lorsque Dieu a décrété ce qui était péché et ce qui ne l’était pas, il n’a pas juste pris des valeurs au hasard, pour décider ce qui était bien et ce qui était mal. Au contraire : son barème de ce qui constitue un péché et de ce qui constitue une œuvre bonne était sa personne même. Une action qui est conforme à la personne de Dieu est une action qui est bonne ; et une action qui est non-conforme à la personne de Dieu est une œuvre mauvaise. Qui Dieu est détermine le bien et le mal. Ces deux notions n’existent pas en dehors de Dieu. Ainsi, c’est une absurdité de mettre Dieu au banc des accusés. Il ne peut jamais être accusé, comme sa personne même, ainsi que son caractère, déterminent ce qui est bien et ce qui est mal. Toute œuvre injuste enferme donc la vérité dans le mensonge que Dieu serait, par exemple, un Dieu qui ne serait pas aimant ou un Dieu qui volerait ou un Dieu qui mentirait.

Brève théologie du péché

Le péché peut être défini, à sa racine, par deux choses.

 

Positivement, le péché peut être défini comme toute action qui découle de l’idolâtrie. Mal concevoir Dieu, ou remplacer Dieu par un autre que lui-même sera la racine de tout péché. Nous finissons toujours par ressembler à ce que nous adorons ; et nous servons toujours ce que nous adorons. Puisque le bien découle de la personne de Dieu, tout péché vient du fait que nous adorons un autre Dieu que le vrai Dieu, et que nos actions sont donc contraires à la personne et aux actions du vrai Dieu.

 

Négativement, le péché peut être défini comme toute action qui ne glorifie pas Dieu. Ce que Dieu cherche avant tout dans nos actions, c’est d’être reflété vers le reste de la création par des créatures qui sont à son image. Mais nous ne sommes son image que dans la mesure où nous le reflétons de façon adéquate par nos pensées et nos actions. Dieu a créé ce monde pour qu’il le glorifie, et manquer à cela serait ne pas viser juste. Le mot grec pour péché, hamartia, vient d’ailleurs de l’étymologie de « manquer la cible ». Et la cible à viser, bibliquement, est la gloire de Dieu.

B. Le Dieu connaissable (1.19-20a)

a. L’enchaînement logique (v. 19)

Le « car » du verset 19 se réfère à la première clause du verset 18. La deuxième clause du verset 18 est un petit ex cursus qui vient qualifier la première clause.

On pourrait réécrire le verset comme ceci :

« La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes (qui par leur injustice tiennent la vérité prisonnière) car ce qu’on peut connaître de Dieu est évident. Et cette connaissance est évidente parce que Dieu le leur a fait connaître. »

Si Paul dit ici que l’homme peut connaître Dieu, il prend bien soin de dire qu’il s’agit de choses que Dieu a révélées aux hommes. « Ce qu’on peut connaître de Dieu est évident », mais pas à cause de l’homme. C’est n’est que parce que « Dieu le leur a fait connaître ». En dehors de son auto-révélation envers les hommes, nous ne pouvons pas connaître Dieu. Il est transcendant, et ce n’est qu’alors qu’il se révèle à nous que nous pouvons le connaître.

La raison pour laquelle la colère de Dieu se manifeste du ciel est que tout homme peut connaître Dieu, parce que Dieu l’a révélé.

Ceci nous permet de voir que dans la pensée de Paul, si Dieu ne s’était pas révélé aux hommes, et qu’ils n’avaient pas eu l’occasion de connaître Dieu, celui-ci n’éprouverait pas de colère envers eux. Dieu nous juge selon ce que nous connaissons. Mais ici, Paul est clair que Dieu nous a fait connaître un nombre de choses sur lui-même.

Paul va ensuite détailler ce que tout homme peut connaître de Dieu.

b. Les attributs révélés (v. 20a)

Paul nous dit au verset 20 que ce que tous les hommes peuvent connaître de Dieu, ce sont ses « perfections invisibles, sa puissance éternelle et sa divinité. »

Dans le grec, « sa puissance éternelle et sa divinité » ressortent clairement comme des qualificatifs apposés à l’idée plus générale de « perfections invisibles de Dieu ». On pourrait traduire ainsi : « En effet, les perfections invisibles de Dieu, c’est à dire sa puissance éternelle et sa divinité… »

C’est la puissance éternelle de Dieu, ainsi que sa divinité (qui peuvent rentrer dans la catégorie plus large des perfections invisibles de Dieu) qui sont révélées.

En d’autres mots, ce que chaque homme devrait pouvoir savoir, c’est que Dieu est Dieu, et que Dieu est puissant.

Paul est en train de faire ressortir ici les vérités qui sont tenues captives par l’impiété et l’injustice (1.18). Tout le monde devrait pouvoir savoir que Dieu est Dieu, mais notre disposition de cœur intrinsèquement vouée à l’impiété et l’injustice nous empêche de le voir. L’incroyance au seul vrai Dieu (c’est à dire l’idolâtrie) est la racine fondamentale du péché, et croire au mensonge que Dieu est différent qu’il est réellement est la cause fondamentale de l’injustice dans ce monde.

Si nous voyions Dieu correctement pour qui il est, et que nous le reconnaissions pour qui il est, notre impiété et notre injustice s’évaporeraient d’elles-mêmes.

c. Le mode de la révélation (v. 20b)

Voici comment l’homme devrait pouvoir voir Dieu : les perfections invisibles de Dieu « se voient depuis la création du monde, elles se comprennent par ce qu’il a fait » (v. 20).

La création de Dieu reflète qui Dieu est, parce qu’il laisse des marques de lui-même sur tout ce qu’il fait.

Le fait même que des choses existent devraient nous faire voir que Dieu existe. Sa divinité est perceptible dans la création.

Et en observant comment les choses sont agencées, nous devrions pouvoir commencer à percevoir la force d’intelligence et d’aptitude créative de ce Dieu. Sa puissance éternelle est perceptible dans la création.

Cette affirmation revêt un caractère on ne peut plus universel. Il n’y a pas un seul homme qui ait jamais existé avant que le reste de la création n’existe ; ni n’y a-t-il un seul homme qui ait jamais vécu autre part que dans le sein de la création de Dieu.

Autant au niveau spatial que temporel, il n’y a pas un seul homme qui pourrait affirmer ne pas avoir de preuve perceptible de l’existence de Dieu et de certains de ses attributs.

Dans la création, Dieu est en train de crier à ses créatures de façon visible toute l’étendue de ses perfections invisibles.

Récapitulatif des vv. 18-20a

Il y a très peu de passages dans les Écritures qui parlent aussi fortement du péché, de ses mécanismes et de ses conséquences. La pensée de Paul est assez complexe ici, donc nous allons essayer de démêler tout ce que nous venons de voir.

La vérité la plus ultime de l’univers est que Dieu est Dieu. Le péché, sous la forme de l’impiété (qui se rapporte à l’idolâtrie) et de l’injustice (qui découle de l’idolâtrie, et qui se manifeste par toute action qui ne glorifie pas Dieu), tient cette vérité captive.

Ce qui vient en premier, c’est le péché originel chez l’homme, qui a déjà dans son cœur l’impiété et l’injustice. Il voit donc mal Dieu depuis sa naissance, et agit donc selon le mal, se rendant coupable devant Dieu. Ainsi, malgré le fait que l’homme devrait pouvoir voir Dieu de façon claire, à travers la création, il ne le fait pas. Pas à cause de Dieu, ni à cause de comment Dieu a créé l’homme ; mais à cause de l’impiété intrinsèque au cœur humain.

Notre nature nous pousse à concevoir Dieu tel qu’il n’est pas vraiment. De cela, découlent dans notre cœur toutes sortes de pensées et d’actions mauvaises.

C. L’homme inexcusable (1.20c-23)

a. L’enchaînement logique

La pensée de Paul est facile à suivre ici : Dieu est connaissable de façon universelle (1.19-20a), et l’homme s’est dérobé à sa responsabilité de glorifier Dieu (1.21). L’homme est donc inexcusable (1.20c).

Si l’homme ne pouvait pas connaître Dieu, il aurait une excuse pour son comportement. Et si l’homme n’avait rien fait de mal, il n’aurait pas à s’excuser.

Mais le péché de l’homme fait qu’il a à s’excuser devant Dieu, et l’auto-révélation de Dieu à travers sa création, qui est visible de tous, fait que l’homme n’a aucune excuse.

Ici, Paul détaille plus loin encore le péché de l’homme, et comment se manifeste cette impiété et cette injustice.

b. « Ils ne lui ont pas donné la gloire qu’il méritait » (vv. 21-22) :

Les versets 21 à 23 sont le détail de ce que cela veut dire de glorifier Dieu dans notre comportement, et comment se manifeste le fait de ne pas le glorifier. Au verset 21, Paul introduit la chose en affirmant que les hommes n’ont pas donné à Dieu la gloire qu’il méritait en tant que Dieu.

Il faut bien comprendre premièrement que Dieu ne mérite pas la gloire que nous lui offrons d’abord à cause de ce qu’il a fait, mais avant tout à cause de ce qu’il est. Il est Dieu. Il mérite donc qu’on le glorifie.

Le verset continue en parlant du manque de reconnaissance. Ne pas glorifier Dieu, alors qu’on perçoit clairement son existence, est un manque de reconnaissance avant toute chose. Ne pas glorifier Dieu, c’est dire, en quelques sortes, que ce que nous sommes, ne le sommes de nous mêmes. Lorsque l’on reconnaît Dieu pour qui il est, et lorsque l’on voit l’étendue de son amour envers nous et tout ce qu’il nous a donné en nous créant et en nous plaçant dans un monde si bon, il faudra forcément que notre vie reflète le fait que nous avons une dette de reconnaissance éternelle envers lui. Le péché, qui vient de l’idolâtrie et du fait de ne pas voir Dieu pour qui il est, et qui se manifeste par toute action qui ne glorifie pas Dieu, révèle en nous, à chaque péché, un manque patent de reconnaissance.

Le premier affect du cœur qui a proprement perçu qui Dieu est, et qui tient les merveilles de son caractère en permanence devant ses yeux, c’est un sentiment de reconnaissance. De cette reconnaissance découlera notre vie qui glorifie Dieu. Si nous ne sommes pas remplis de reconnaissance à chaque instant, c’est que nous ne plaçons pas toute l’étendue de la puissance et de la bonté du Dieu créateur devant nous. On peut même oublier le Dieu rédempteur pour l’heure. Paul n’en a pas encore parlé, et pour lui, le simple fait de la création devrait être suffisant pour nous donner la connaissance nécessaire de Dieu, qui conduirait à une reconnaissance suffisante pour que nous glorifiions Dieu tel qu’il le mérite.

Et selon Paul, le contraire de glorifier Dieu comme découlement d’un cœur reconnaissant, c’est « s’égarer dans nos raisonnements », et voir notre « cœur sans intelligence être plongé dans les ténèbres » (1.21). C’est se vanter d’être « sages », mais être en réalité « devenus fous » (1.22).

La raison pour cela se trouve à nouveau dans le fait de reconnaître l’existence de Dieu, et d’avoir une pensée cohérente par rapport à un monde dans lequel Dieu est Dieu. Si nous cherchons à voir le monde en dehors de l’idée de Dieu, nous pourrons passer pour des personnes très érudites, mais au fond, notre pensée s’égare.

La sagesse de ce siècle, que Paul mentionne en 1 Co 1-3, c’est d’essayer de faire sens de ce monde en dehors de Dieu. Cela paraîtra très sage et sophistiqué dans les milieux académiques et intellectuels, mais il s’agit d’une folie, du point de vue de Dieu. Parce que voir le monde sans y inclure le facteur « Dieu », c’est comme essayer de trouver la solution d’une équation mathématique en ignorant la seule valeur invariable ; c’est comme essayer de faire du pain sans blé ; de résoudre un syllogisme en oubliant la proposition majeure ; de jouer la Septième Symphonie de Beethoven en La Majeur en enlevant toutes les touches de la de son piano !

Ne pas glorifier Dieu et le reconnaître pour qui il est constitue le suicide intellectuel le plus basique. On cherche à voir le monde sans prendre en compte la personne et le caractère de celui qui l’a créé. C’est comme faire une étude sur le design de la dernière Renault sans prendre en compte le fait qu’il y avait un designer, et que celui-ci a ses goûts, ses préférences, sa méthode de travail créatif et ses influences qui lui sont propres.

Le contraire de reconnaître Dieu pour qui il est, et donc de le glorifier, tout reconnaissant que l’on sera à travers cette connaissance de Dieu, c’est d’être condamné aux ténèbres les plus complètes ; c’est se voir voué à l’égarement de notre raison par un cœur sans intelligence.

Parce que c’est là que tout commence. Nous avons un idéal dans notre société cartésienne que la raison est à l’origine de notre conception du monde. Ce que Paul dit au verset 21 c’est que notre cœur vient avant notre raison ; et de ce qui se trouve dans notre cœur découlera soit une raison saine, soit une raison égarée, folle.

Si notre cœur est un cœur d’impiété qui ne voit pas Dieu pour qui il est, alors notre raison, aussi aiguisée soit-elle, partira d’un faux présupposé, et sera toujours égarée. Une raison qui ne prend pas en compte le facteur « Dieu » dans son analyse du monde, c’est une raison vouée à mal comprendre le monde, peu importe comment elle s’y prend.

c. « Ils ont remplacé la gloire du Dieu incorruptible » (v. 23) :

Après avoir détaillé à quoi cela ressemble de ne pas glorifier Dieu, ainsi que ce qui en résulte, Paul passe à l’idolâtrie.

La racine de l’idolâtrie, c’est l’impiété, mentionnée en 1.18, mais elle se manifeste en ceci : « remplacer la gloire du Dieu incorruptible par des images qui représentent l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles » (1.23).

La première chose à faire ressortir ici, c’est l’opposition entre le Dieu incorruptible et l’homme corruptible. Les mots utilisés dans le grec revêtent l’idée de corruptible/incorruptible, mais aussi de mortel/immortel.

Nous remplaçons celui qui est infini, immortel, incorruptible et parfait par des divinités qui sont limitées, mortelles, corruptibles et imparfaites.

En effet toute idole, qu’elle ressemble aux idoles des religions naturelles ou qu’elles représentent des choses moins matérielles, demeurent des créations humaines.

Paul fait ressortir toute l’absurdité des pratiques idolâtres des nations païennes dans lesquelles baignent les lecteurs de sa lettre. Ces pratiques sont très similaires à beaucoup de niveaux aux cultes d’idoles qui se vivaient dans les nations autour d’Israël et de Juda au temps de l’Ancien Testament. Et si ces pratiques trouvent leur origine chez les peuples païens, les Juifs étaient tout autant coupables de ce type d’idolâtrie que leurs contemporains non-Juifs.

Aujourd’hui, si nous n’idolâtrons plus « des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles » (1.23), il y a deux grandes catégories d’idoles que nous pouvons identifier : l’homme (voire le « moi »), et les philosophies, ou ce qu’on pourrait appeler le monde des idées.

Le « moi » : la grande idole de notre âge.

. Notre propre image est une idole qui consume tout. La beauté et l’apparence est une des valeurs étalon de notre société. Nous avons substitué la gloire du Dieu éternel de qui nous portons l’image pour en être le reflet dans le monde entier, pour l’image éphémère et vaine de notre propre reflet dans le miroir. Cette idole se manifeste par une approche consumériste et matérialiste du monde.

. Notre propre opinion est une idole qui consume tout. Personne n’a le droit de nous dire que nous avons tort. Notre vérité est une vérité qui a une valeur et une vérité intrinsèque, d’elle même. Cette idole se manifeste par une approche pluraliste du monde.

. Notre être même est une idole qui consume tout. Nous estimons avoir de la valeur de nous mêmes, et nous estimons mériter une certaine reconnaissance et un certain respect sur la base de nos mérites qui nous sont propres. Nous sommes un Dieu à nous tous seuls, et nous nous sentons offusqués lorsque d’autres personnes manquent de le reconnaître. Ces symptômes sont de plus en plus présents chez les générations plus jeunes. Cette idole se manifeste par une approche individualiste, consumériste, matérialiste et pluraliste du monde.

Les philosophies que nous idolâtrons.

. Malgré le fait que la science ne soit plus dans son âge d’or, en tant que valeur à travers laquelle tout doit être lu, il y a tout de même une grande section de la population occidentale qui garde une foi aveugle en la science. Il y a une compréhension chez nos contemporains qu’elle ne nous apportera pas forcément le bonheur, après le nombre d’atrocités qui ont été perpétrées à cause de la science, ou même au nom de la science. Mais si elle ne nous apportera pas la bonheur, nous pensons toujours qu’elle nous apportera la vérité objective. Plus encore : la majorité de nos contemporains croient toujours que la vérité objective ne peut pas se trouver en dehors de la science. Si quelque chose n’est pas scientifiquement démontrable, nous n’avons aucune raison d’y croire de façon assurée et certaine.

. Le progrès est une autre idée qui a connu des jours meilleurs, mais qui reste une des idées les plus fortes de notre société. Nous cherchons toujours à justifier nos idées et en particulier les changements de mœurs sous couvert de progrès. Des phrases comme : « c’est tout de même incroyable de trouver des gens en 2017 qui pensent encore que… » montrent qu’il reste chez nos contemporains l’idée que la société avancera de façon inéluctable, que l’homme et la société deviennent meilleurs, et que le progrès peut, à lui tout seul, servir d’argument suffisant pour gagner un débat. Si le progrès n’a plus la même force de conviction dans la pensée et le raisonnement des gens, il garde une force de persuasion émotionnelle. Personne ne veut être vu comme n’étant pas au diapason de l’air du temps. Nous trouvons encore que ne pas adopter les nouvelles tendances de notre société est un synonyme de pensée primitive. Et la pensée primitive doit être fuite à tout bout de champs, parce que la société progresse toujours… N’est ce pas ?

. La tolérance est une dernière valeur ou philosophie qui fait aujourd’hui office d’idole pour nos contemporains. A nouveau, cette notion peut résoudre à elle toute seule une dispute. Si une position est dépeinte avec succès comme intolérante, alors elle est forcément fausse. Respecter la différence d’autrui est une bonne chose. Voir cette tolérance comme la valeur morale qui surpasse toutes les autres est extrêmement dangereux. Il s’agit d’une idée qui découle directement de l’individualisme que nous avons détaillé plus haut, et qui est responsable du pluralisme. Il s’agit de l’idole philosophique qui permet de donner de la justification morale à l’idolâtrie du « moi » qui sévit dans la société occidentale.

 

D. L’homme livré à son péché – la colère passive de Dieu (1.24-32)

a. L’enchaînement logique :

La pensée de Paul est facile à suivre ici : Dieu est connaissable de façon universelle (1.19-20a), et l’homme a manqué de glorifier Dieu (1.21). L’homme est donc inexcusable (1.20b). Ils se vantent alors qu’ils sont devenus fous, et qu’ils ont glorifié d’autres choses à la place de Dieu.

Le « c’est pourquoi » au début du verset 24 est lourd de sens. L’homme a profondément désobéi à Dieu de toutes sortes de manières différentes. Lorsque l’on lit « c’est pourquoi Dieu », nous pourrions être en mesure de nous demander : « qu’est ce que Dieu va bien pouvoir dire pour réprimer ces fautes ? »

La réponse tombe : « Dieu les a livrés à l’impureté ». Voici la façon principale dont Dieu exerce sa colère envers le péché.

b. La colère passive de Dieu (v. 24) :

Ce retrait de la part de Dieu est énorme de conséquences.

– Dieu choisit souvent, en première analyse, de ne pas punir activement. La punition active ne tombe qu’après récurrence d’un péché donné. Ceci colle avec l’idée que Dieu est « lent à la colère ».

– Le mal auquel Dieu les livre est le mal qui est déjà présent « dans leur cœur » (v. 24)

– Le mal qui est produit dans ce monde est présent, de façon principale, dans les endroits où Dieu a retiré son activité.

– Ceci nous conduit à dire que là où certains non-croyants agissent bien, cette bonne action est à mettre au compte de Dieu. Dieu préserve et garde les non-croyants d’aller trop loin dans leur injustice. Cette notion, que le mal existe là où Dieu n’est pas nous conduit à une de mes objections préférées contre les personnes qui nous disent ne pas croire en Dieu à cause du mal dans le monde. Ce passage nous conduit à répondre :

« Ah bon ? Vous voyez le monde, et vous êtes conduits à penser que Dieu ne peut pas exister ? Moi en regardant le monde, je suis contraint de me dire que Dieu existe ! Parce qu’en regardant la nature humaine, et en considérant le fait que dans bien des endroits du monde, il n’y a pas de conflit ouvert, que l’on peut globalement sortir de chez soi sans avoir à regarder au dessus de son épaule en permanence, je ne peux que me dire que Dieu est en train de limiter la quantité de mal dans le monde. »

– La première conséquence de cette démonstration de colère passive est que les personnes soumises à ce châtiment « déshonorent eux-mêmes leur propre corps ». Ces propos sont qualifiés plus loin aux vv. 26-27.

c. La définition de l’idolâtrie (v. 25) :

Le v. 25 est la description même de l’idolâtrie. Il est en train de décrire de façon plus poussée encore les pécheurs du v. 24, et il dit qu’ils font deux choses :

– Ils remplacent la vérité de Dieu par le mensonge

– Ils ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement

Nous voyons ici que dans ces deux descriptions, il y a un remplacement. Nous savons que la croyance en Dieu est une bonne chose. Mais si l’objet de notre croyance n’est pas juste, nous passons de la justice au péché, en commettant l’idolâtrie. L’objet de notre croyance est essentielle. Ceci montre toute l’absurdité de la pensée postmoderne, qui dit que nous pouvons croire ce que nous voulons sur Dieu, tant que nous y croyons avec authenticité. Croire authentiquement à un faux-dieu constitue un mensonge, qui lui-même est de l’idolâtrie.

Le deuxième remplacement, qui est en fait une autre façon de redire ce qui est affirmé dans la proposition précédente, est le remplacement du Créateur avec la créature ; et c’est justement là où se trouve le mensonge. Nous prenons la chose faible, contingente, semblable à nous, et nous l’adorons, nous disons qu’elle est ultime, souveraine, et digne de notre adoration. C’est exactement ça, l’idolâtrie, et nous le commettons dès qu’il y a quelque chose dans notre vie qui devient plus importante, ou d’égale importance à Dieu. Nous commettons l’idolâtrie à chaque fois que nous poursuivons autre chose, à travers nos vies, que la gloire de Dieu. Nous commettons l’idolâtrie dès qu’il y a quelque chose dans nos vies duquel on ne se séparerait pas, pour la cause de Dieu. Il s’agit du péché le plus fondamental, et la racine de tout autre péché. Et nous le commettons si souvent.

d. L’homosexualité – pendant de l’idolâtrie (vv. 26-27) :

Après avoir décrit leur idolâtrie, en répétant que ces personnes ont « remplacé la vérité de Dieu par le mensonge et […] adoré et servi la créature au lieu du Créateur » (v. 25), Paul décrit au v. 26 de façon plus approfondie la manière dont ils « déshonorent eux-mêmes leur propre corps » (v. 24).

Pour Paul, il y a un lien très étroit entre l’homosexualité et l’idolâtrie. Pourquoi ce lien ? Pourquoi Paul parle-t-il avant tout de l’idolâtrie des hommes pour dire ensuite que celle-ci se manifeste chez les hommes livrés à eux mêmes par des pulsions d’ordre homosexuelles ?

Il faut bien comprendre la façon dont Paul conçoit de la raison d’être de la sexualité humaine. Pour cela, il nous faudra tout d’abord regarder aux passages où cette relation est explicite. La meilleure de celles-ci, chez Paul, est Éphésiens 5.22-33, où Paul tisse un lien étroit entre la façon dont la femme doit se comporter vis-à-vis de son mari et la façon dont l’Église se comporte vis-à-vis de Jésus ; et vice-versa. Il finit en disant que ce grand mystère du mariage se rapporte au Christ et à l’Église (Ep 5.33).

Le mariage, et la sexualité seraient donc créés comme des façons de raconter au monde les merveilles de Christ, de l’Église et de la relation qu’ils ont.

Une fois que l’on a vu cela, il devient mois difficile de comprendre le lien entre l’idolâtrie et l’homosexualité.

La polygamie serait l’équivalent de raconter l’histoire d’un Christ qui avait plusieurs Églises. L’endogamie serait l’équivalent de raconter l’histoire d’une Église qui avait le droit d’adorer plusieurs dieux différents. La masturbation raconte l’histoire d’un Christ qui s’adore lui-même ou d’une Église qui adore l’Église. L’homosexualité, elle, raconte l’histoire d’un Christ qui aime un être semblable à lui ; ou une Église qui aime un être semblable à elle. Des humains qui ont adoré et servi la créateur au lieu du Créateur.

L’idolâtrie est un refus d’adorer celui qui nous est tout-autre (le Dieu transcendant), mais plutôt d’adorer celui qui est notre semblable. L’homosexualité fait de même. C’est en « remplaçant » la vérité de Dieu pour le mensonge que « leurs femmes ont remplacé les rapports sexuels naturels par des relations contre nature » (v. 26). C’est là le lien dans la pensée de Paul entre idolâtrie et homosexualité.

Vers une pastorale de la personne homosexuelle

La question de la pastorale de personnes de tendance homosexuelle est extrêmement complexe, et prendrait bien plus de temps à explorer correctement que nous ne le pouvons dans le cadre de ce cours. Voici toutefois quelques éléments.

 

Toute la tension se joue entre la volonté d’affirmer la vérité biblique tout en aimant et en respectant les personnes que nous avons en face de nous. La démarche pastorale chrétienne cherchera toujours à honorer la personne et à être sensible aux blessures. Elle cherchera aussi son bien le plus profond, qui passe, au final, par l’adoption de la mentalité et du mode de vie du Royaume des Cieux.

 

Il y aura forcément une différence dans la façon de traiter une personne qui veut s’aligner au message de la Bible et une personne qui rejette cette position, tout en voulant vivre en disciple de Jésus.

 

Une chose est certaine, il sera mal venu de faire l’équation entre leurs sentiments homosexuels et une quelconque idolâtrie dans leur vie. C’est face à une société donnée de façon vaste à l’idolâtrie que Dieu livre de façon vaste une société dans son ensemble à la croissance du nombre de personnes homosexuelles. Une personne homosexuelle ne sera pas forcément idolâtre, mais sera victime de la punition donnée de façon plus vaste, par Dieu, à une société idolâtre. Nous sommes tous solidaires dans ces choses, et même les chrétiens engagés peuvent être touchés par ces choses.

 

Ce qu’il nous faut face à ce constat est non pas une attitude de condamnation, mais plutôt de compassion, qui nous poussera à l’intercession pour notre société et les gens qui souffrent des conséquences néfastes de notre culture.

d. A intelligence déréglée, vie déréglée (vv. 28-31) :

C’est au verset 28 que l’on voit toute la mesure néfaste de l’asebeia. Les hommes jugent bon de ne pas connaître Dieu, et Dieu les livre donc à une intelligence déréglée. C’est de cette intelligence déréglée que proviennent les actes indignes.

La litanie de péchés mentionnés des versets 29-31 sont la cause d’une mauvaise conception de Dieu. Leur asebeia fait que leur cœur devient rempli d’adikia (v. 29).

L’homosexualité au temps du Nouveau Testament

L’homosexualité était quelque chose de fréquent, voire de distingué dans la société grecque du temps de Paul. Cependant, celle-ci revêtait des formes très différentes de ce qui se vit communément aujourd’hui. En effet, le vécu de l’homosexualité s’apparentait plus à de la pédérastie qu’à des relations homosexuelles entres adultes consentants.

 

Ainsi, un homme respectable avait une femme, qui était la personne avec laquelle il avait un engagement civil, et avec qui il composait sa famille. En plus d’avoir son épouse, un homme riche avait souvent une personne de sexe masculin qui était souvent très jeune, et qui était le plus souvent l’objet réel de son désir sexuel. Une grande partie des hommes étaient donc mariés à une femme par convenance sociétale, et par besoin de procréer.

 

Certains ont dit que Paul ne faisait que s’opposer à la pédérastie, qui comportait des éléments de pédophilie ainsi qu’une notion de sexualité vécue en dehors du cadre marital. Toutefois, dans ce passage, le rejet paulinien de la pratique homosexuelle semble être bien plus large que la simple culture pédéraste de l’époque. En effet, il parle de relations entre femmes homosexuelles tout comme de relations entre hommes.

 

Ce passage garde donc toute sa portée pour aujourd’hui.

e. Des hommes conscients de leur rébellion (v. 32) :

Ce passage finit en mentionnant que ces personnes qui commettent de tels actes (et qui les cautionnent) le font en toute connaissance de cause.