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Romains 1.1-17 – Partie 2

par | Fév 18, 2018 | Blog | 0 commentaires

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

Voici une explication de la deuxième partie de la section d’ouverture de la lettre (Ro 1.8-17).

2 | Entrée en matière (1.8-17)

A. Reconnaissance pour les Romains (1.8-9)

En tant qu’apôtre, Paul est extrêmement relationnel. Il commence à être impliqué avec cette Église, et il n’outrepasse pas le fait de développer avec eux une relation d’amitié et de confiance. Il ne vient pas que en figure d’autorité. Au contraire. La relation avec un apôtre est une relation qui, si elle vient souvent par la force des circonstances, se voudra toujours volontaire de la part des Églises locales.

Un apôtre ne vient pas imposer son ministère, et une Église locale a la possibilité d’accepter ou de refuser l’implication apostolique. Ce serait très bête pour une Église de chercher à vivre sans, mais c’est à elle de décider avec qui elle va entretenir cette relation.

Paul n’avait jamais pu rendre visite à l’Église de Rome, mais on voit bien dans Romains 16 qu’il connaît un bon nombre des responsables de l’Église, et qu’il a déjà une relation très resserrée avec des gens comme Priscille et Aquilas par exemple.

Paul fait donc attention, après avoir mentionné son autorité en tant qu’apôtre, pour donner du poids au contenu de la lettre, de ne pas continuer sur le mode de l’autorité, mais sur le mode de la relation.

a. Un sentiment de reconnaissance (v. 8)

Il leur exprime le fait que son sentiment prédominant lorsqu’il pense à eux est un sentiment de reconnais- sance.

La raison derrière ce sentiment est la renommée de leur foi. Paul, voyant cela, aura de multiples raisons d’être reconnaissant :

 

– La valeur de la foi en elle-même : Si la foi des Romains est mentionnée partout, Paul en aura en- tendu parler. Rien que d’entendre parler d’une Église qui a foi en Jésus à Rome fera plaisir à Paul. Il aime l’évangile, et il aime entendre les histoires de lieux où l’évangile gagne.

– La valeur de la foi à Rome : Paul est un stratège. Il sait que pour atteindre les extrémités de la terre, il faudra passer par des villes stratégiques comme Rome. Il y a quelque chose avec les grandes villes qui fait qu’un apôtre y portera un intérêt tout particulier. Paul devait être très content de savoir que dans la ville la plus influente du monde, il y avait une communauté de foi qui s’était formée.

– La valeur d’une foi dont les gens parlent : Paul sera doublement ravi de savoir que non seulement il y a des gens qui croient à Christ à Rome, mais qu’en plus il s’agit d’une foi qui mérite mention, et ce à plusieurs endroits.

. Si leur foi fait parler autour d’eux, c’est qu’il s’agit sans doute d’une foi qui est belle, et qui fait que d’autres y prêtent attention au delà de Rome. Ce n’est pas une foi basique qui se trouve dans l’Église de Rome, mais bien une foi qui se fait remarquer par les autres communautés chrétiennes. Une foi forte fera plaisir à l’apôtre.

. Si leur foi est mise en vue de telle sorte que les chrétiens parlent d’eux, il y a fort à parier que leur lumière brille aussi parmi les non-croyants de Rome. Il s’agit là d’un des points les plus importants pour Paul, dans la formation d’une Église locale. Une église qui manifeste le fruit de l’évangile est une église qui démontre qu’elle a bien intégré le message de l’évangile, qui conduit à de bonnes œuvres selon la foi. Et en plus de cela, une église qui manifeste le fruit de l’évangile est une église qui fera briller autour d’elle sa lumière, attirant de plus en plus de monde à elle.

b. Une reconnaissance exprimée de façon fréquente (v. 9)

Il mentionne ensuite au v. 9 qu’il prie de façon fréquente pour cette église. Le fait que Paul entende qu’il se trouve à Rome une communauté de foi fera que Paul priera plus, pas moins.

Il s’agit d’un lieu où les chrétiens seront sans doute sujets à des attaques. Plus l’évangile est visible, et en particulier dans les grandes viles opulentes, plus l’Église sera mise à mal.

Paul assure ces chrétiens de Rome qu’il est reconnaissant pour leur foi, mais qu’il prie aussi de façon très fréquente pour eux. Les églises dans les grandes villes ont besoin de prière, sinon elles vont très vite régresser, et sombrer dans l’inertie et dans la démotivation, se tournant toujours plus vers les valeurs de la ville plutôt que les valeurs du Royaume.

Ce sont des dangers qui nous guettent aussi à Paris, et il nous faudra constamment regarder à notre propre marche avec Dieu si on espère être une église qui va avoir un impact.

B. Paul en visite à Rome (1.10-15)

Paul mentionne ensuite qu’il espère pouvoir rendre visite à Rome.

La transition se fait alors qu’il vient à mentionner que dans ses prières pour l’Église de Rome, il demande à Dieu de lui donner l’occasion de leur rendre visite (v. 10). Il continue en mentionnant que c’est quelque

chose qu’il projette de faire à l’avenir (v. 11), et surenchérit en disant qu’il avait longtemps eu le projet de leur rendre visite, mais qu’il en a jusque là été empêché (v. 13). Il finit en affirmant une dernière fois que s’il a la tâche d’annoncer partout l’évangile, il veut avoir l’occasion de le faire à Rome (v. 15).

Entrelacé dans ces différentes expressions de sa volonté de venir à Rome, Paul tisse ses motivations :

– Communiquer un don spirituel : Paul sait qu’il a quelque chose à donner, et que s’il se trouve à Rome, ce ne sera pas juste pour développer des relations, mais que de cette relation, l’Église romaine en tirera un bienfait. Là où Paul va, il affermit les églises. Sa notion des dons spirituels est extrêmement géné- reuse. Il les voit non pas comme des cadeaux que Dieu lui a fait, mais plutôt comme des cadeaux que Dieu fait à son Église à travers lui. Le cadeau de Dieu à l’Église de Rome a déjà été placé entre les mains de Paul. Il ne reste plus qu’à aller à Rome, et ce cadeau sera communiqué de façon toute naturelle.

– Recevoir un encouragement mutuel : Mais même en tant qu’apôtre, Paul sait que dès qu’il se trouve parmi des croyants, il sera lui aussi encouragé et fortifié. Ce qui est encourageant pour Paul, c’est de passer du temps avec des personnes qui ont la même foi que lui. Il sait que même en tant qu’apôtre, en tant que quelqu’un qui est appelé à beaucoup donner, il trouve lui-même sa nourriture spirituelle en étant avec d’autres personnes qui, même s’ils n’ont pas de dons spectaculaires, partagent la même foi que lui. Cela suffit largement pour l’encourager. Paul n’a pas la notion d’un encouragement chrétien qui travaille à sens unique. Tout chrétien sera un encouragement pour d’autres chrétiens, même si ce sont des leaders reconnus. Il n’y a pas de culture de la star-mania chez Paul, selon lequel les chrétiens devraient être intimi- dés par lui et par sa maturité dans la foi et l’ampleur de ses dons. Il est une personne normale, et il aime communiquer aux églises avec lesquelles il entre en relation que c’est ce type de personne là qu’il est. Il a l’humilité d’affirmer qu’ils seront d’un bénéfice pour lui. En faisant ça, il se révèle comme n’étant pas auto-suffisant, et fait preuve de faiblesse et de limitations, affirmant que les chrétiens romains, quels qu’ils soient, peuvent palier à ces limitations.

– Récolter du fruit parmi les romains (v. 13) et annoncer l’évangile à Rome (v. 15) : Ici, il y a deux interprétations possibles :

. Ce que Paul veut dire ici est non pas de récolter du fruit parmi l’Église, mais bien parmi le peuple romain (v. 13). Ici, il le compare au fruit qu’il a récolté parmi les nations, et c’est parmi la nation romaine qu’il escompte porter du fruit pour l’évangile lorsqu’il se rend à Rome (v. 14). Le « ainsi », qui lie cette phrase à la précédente, semblerait indiquer que Paul est en train de renforcer ce qu’il vient de dire auparavant, c’est à dire d’annoncer l’évangile parmi les non-croyants. Il faudrait alors comprendre le « à vous aussi qui êtes à Rome » comme Paul qui identifie les chrétiens romains avec le reste de la population de cette ville.

. Paul parle de porter du fruit dans l’Église, et d’annoncer l’évangile au sein de l’Église. Il faudra ici que nous comprenions le fruit que Paul espère porter comme faisant référence non pas à des conversions, mais plutôt à une maturité croissante chez les croyants, et des fondements apostoliques bien posés. D’an- noncer l’évangile, dans un tel cas, voudrait dire bien plus que de prêcher en visant le salut. Il s’adresse à des personnes déjà sauvées (v. 8). Lorsqu’il dit d’annoncer l’évangile, il parle de la réalité bien plus grande qui est contenue dans l’évangile que la simple offre de vie éternelle par la foi en Christ.

Les deux positions ont leur force. La première lecture semble être la plus logique si ce n’est pour le fait que Paul dit assez clairement que c’est chez les chrétiens qu’il veut annoncer l’évangile. Il faudra alors comprendre le « parmi vous » du v. 13 et le « vous annoncer l’évangile » du v. 15 comme d’une identification de l’Église romaine avec l’ensemble du peuple romain.

Une chose est certaine : les versets 13 et 15 parlent de la même réalité. Le « ainsi » du verset 15 nous montre que Paul récapitule dans ce verset le souhait qu’il avait exprimé aux versets 13 et 14.

Il se pourrait bien d’ailleurs que ce soient ces deux réalités qui soient voulues par Paul. Douglas Moo le dit ainsi :

« « La moisson » se réfère au produit de son labeur apostolique, incluant probablement ici à la fois une croissance dans le nombre de chrétiens à travers l’évangélisation « parmi » les Ro- mains et une fortification de la foi des chrétiens romains eux-mêmes. »

L’enseignement de Paul était toujours centré, dans une mesure ou une autre, sur l’évangile. C’était la clé de voûte de son enseignement. Même en expliquant les profondeurs de la doctrine chrétienne, tout se rapportait, pour Paul, à l’évangile. C’est d’ailleurs ce qui transparaîtra dans cette lettre même. Ainsi, que l’auditoire soit chrétien ou pas, l’occasion sera donnée d’être exposé à l’évangile et de donner sa vie à Jésus, et, en même temps, de croître en profondeur de compréhension, à travers l’exposition de l’évangile et de ses profondeurs.

C. Éloge de l’évangile (1.16-17)

Paul conclut cette section d’introduction en donnant une justification pour les motifs qu’il vient de donner pour sa visite à Rome. Le « en effet » se réfère au fait qu’il vient de dire qu’il veut proclamer l’évangile. Il expose pour les Romains ce qui le motive autant à partager l’évangile, et la raison pour laquelle il se sent aussi libre de le faire partout où il va. C’est comme si la question lui était venue en tête de la part d’un de ses lecteurs : « Mais Paul, n’as-tu pas honte de l’évangile ? »

a. La puissance de l’évangile (v. 16)

Sa réponse à cette hypothétique question est sans appel : « je n’ai pas honte de l’évangile ». Cette affir- mation est puissante, mais le lecteur se demandera encore : « comment, pourquoi ? » Et c’est là qu’il en donne la raison : « c’est la puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui croit ».

Le raisonnement de Paul est plus clair lorsque l’on inverse les clauses :

1. L’évangile est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient
2. Et donc je n’en ai pas honte
3. Et ainsi, j’ai un vif désir de l’annoncer à vous qui êtes à Rome.

Si nous voulons perdre notre inhibition par rapport à l’évangile, il faut que nous croyions plus fortement que toujours en sa puissance.

Nous pourrions décomposer cette dernière clause plus encore. Si Paul parle du salut, c’est qu’il y a donc perdition. On ne peut pas être sauvé si on n’est pas en péril. On ne peut pas être retrouvés si on n’est pas perdu.

Et devant cette perdition, il y a une solution. Cette solution, c’est l’évangile, cet évangile qui a été détaillé aux versets 2-4 ; l’évangile concernant Jésus. L’évangile de Dieu. Et cet évangile a la puissance pour sauver. Il sauve tous ceux qui croient. C’est à dire que l’offre est faite à tous. Tout le monde est qualifié pour bénéficier de cette offre de salut.

Et ici, Paul saisit l’occasion de glisser à nouveau un petit clin d’œil à ses lecteurs : il est en fait encore en train d’introduire son sujet, en disant que l’évangile est par la foi, et qu’ainsi, l’offre est faite de façon abso- lument égale aux Juifs et aux non-Juifs.

L’offre est faite au Juif d’abord, parce qu’ils ont été ceux au sein de qui l’évangile a été annoncé d’avance. Mais le salut du non-Juif est aujourd’hui tout aussi possible que celui du Juif, parce que c’est par la foi que l’on accède au salut, et par aucun autre procédé.

b. La défense de l’évangile (1.17)

Après avoir dit cela, Paul donne une très brève défense de l’évangile face à toutes les répliques potentielles qui seraient dirigées à son encontre. Ce qu’il vient de dire est extrêmement controversé, en particulier pour des lecteurs Juifs. De lire que le salut est pour tous de façon égale, et qu’elle se fait à travers la foi seule est une position radicale pour le Juif pieu de l’époque qui n’a pas encore pleinement saisi l’évangile.

Le type de question qu’ils auraient est : « La foi, la foi ? Et les œuvres alors ? Dieu n’est-il pas un Dieu saint ? Ne requiert-il pas de nous un minimum de bonnes œuvres pour satisfaire son besoin de justice ? Ce salut par la foi que tu mentionnes ne fait-il pas de Dieu un dieu au rabais, qui peut tout laisser passer et nous accorder le salut quand même ? Ton « évangile » n’est-il pas plutôt une soupe populiste vouée à faire du chiffre en ouvrant grand le salut au plus petit dénominateur commun, déverrouillant la porte de l’éternité au premier païen venu ? »

Ce que Paul répond est un très bref condensé de beaucoup des choses qu’il va ensuite expliquer dans sa lettre. Il commence en affirmant que c’est justement l’évangile qui révèle la justice de Dieu, par la foi et pour la foi.

Il y a plusieurs façons de comprendre cette affirmation :

– Le fait que Dieu est un Dieu juste est révélé par le principe du salut par la foi. Si nous pouvions nous justifier par nos propres œuvres, alors Dieu serait un Dieu au barème très bas. Le fait que Jésus est mort pour nous et que nous ne pouvons être sauvé qu’en mettant notre foi en lui démontre la justice de Dieu. Il n’y a que Jésus qui peut atteindre le barème posé par sa justice, et tout salut par les œuvres nous donnerait un Dieu moins juste que le salut par les œuvres. Ce passage parlerait donc de la justice de Dieu comme d’un attribut de Dieu

– Le message de l’évangile nous révèle justice de Dieu nous est imputée par la foi. Nous sommes donc justes aux yeux de Dieu par le fait qu’il ait mis les œuvres de Jésus à notre crédit, et que la justice de Dieu devient la nôtre par la foi. Ce passage parlerait donc de la justice de Dieu comme d’un statut conféré par Dieu.

– L’évangile nous révèle la façon dont Dieu met en place la justice et le bien sur terre. Cette façon d’in- terpréter cette phrase est fondée dans une compréhension de comment la justice de Dieu est mentionnée dans l’Ancien Testament. Ce passage parlerait donc de la justice de Dieu comme d’une activité exercée par Dieu.

 

Il y a un très grand débat dans le monde théologique sur ce que Paul veut dire lorsqu’il parle de la « justice de Dieu », et ce débat tourne autour, justement, de cette question : lorsque Paul parle de la justice de Dieu, parle-t-il du fait que fait que Dieu est juste, de l’action de Dieu pour mettre en place la justice sur terre, ou encore du fait que Dieu nous a accordé et conféré sa justice à lui ?

La position protestante classique est la troisième option. Les trois options ont de très bons arguments.

Ce qui se joue est le fait que beaucoup de personnes qui tiennent une des nouvelles positions ne croient pas que la troisième position soit vraie. Il y a une régression dans le monde évangile qui tend à se démar- quer de plus en plus de la doctrine de la justification par substitution pénale, et un rejet de l’idée de la justice imputée de Dieu.

A mon sens, les trois affirmations sont vraies : Dieu est absolument juste, et ce sera souvent à cette réalité là que Paul se réfère lorsqu’il parle de la justice de Dieu, mais que cette justice (ou plus précisément celle de Dieu le Fils) est mise à notre compte alors que nous croyons en lui. L’évangile (l’œuvre de Jésus) est la façon dont Dieu met en place le bien sur terre. Il est mort pour que nous puissions avoir, par lui, sa justice alors qu’il a pris notre péché.

La « justice de Dieu » n’aura pas toujours le même sens partout chez Paul. Dans ce cas-ci, il parle du fait que l’évangile met en valeur le fait que Dieu est un Dieu juste. Dans d’autre cas, il dira que nous acquerrons, par la foi, cette même justice de Dieu qui est révélée par l’évangile.

Ainsi, ici, Romains 1.17 dit la chose suivante : « L’évangile révèle le fait que Dieu est juste. Cet évangile révèle que Dieu est juste parce qu’il fonctionne sur le principe de la foi (par la foi), et il le magnifie parce qu’il requiert des hommes qu’ils mettent leur confiance en ce Dieu si juste (pour la foi). Cette réalité est fondée dans ce que dit l’Ancien Testament : « le juste vivra par la foi ». Autrement dit, ceux qui sont justes devant Dieu le sont en fait grâce à leur foi, et non pas grâce à leurs œuvres. »