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Romains 1.1-17 – Partie 1

par | Fév 12, 2018 | Blog | 0 commentaires

Ceci est un article qui fait partie d’une mega-série sur la lettre de Paul aux Romains. Pour trouver tous les autres articles, cliquez sur le Tag « Romains » ci-devant ou en bas de n’importe quelle page du site.

Voici une explication des premiers versets du chapitre 1.

1 | Adresse (1.1-7)

Paul commence cette lettre de façon parfaitement normale pour un auteur de lettre de l’époque. En effet, il commence, en adressant une salutation.

Mais ici, Paul va bien plus loin. Il brode, il extrapole, et il décrit et définit deux choses au delà de ce à quoi l’on pourrait s’attendre : son rôle, et l’évangile.

A. Le rôle de Paul (1.1)

Paul se définit ainsi : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’évangile de Dieu. » (v. 1)

a. Raison d’être de la phrase

Il y a fort à parier que Paul commence en détaillant ainsi son apostolat pour se présenter à une Église qui ne le connaît globalement pas, mais aussi et surtout pour asseoir, dès le départ, l’autorité et la portée de cette lettre que les lecteurs tiennent entre leurs mains.

C’est un homme soumis à Christ qui écrit (le mot doulos pourrait tout aussi bien être traduit par « esclave » que par « serviteur »). Mais c’est aussi un homme à qui ce même Christ a confié la fonction d’apôtre. Ce n’est pas n’importe qui qui écrit. Cette lettre a du poids.

b. Exposition des trois clauses

Cette phrase annonce une suite logique de réalités, qui sont connectées, mais séparées.

Tout d’abord il est Paul. En tant que tel, il se sait être serviteur de Jésus-Christ. Mais quel type de service exerce-t-il auprès de ce Jésus ? C’est la fonction d’apôtre auquel il est appelé. Et en tant qu’apôtre, il se sait être mis à part pour annoncer l’évangile de Dieu.

Il n’est pas en train de dire des réalités totalement identiques, ni des réalités totalement séparées. L’ordre dans lequel il donne ces affirmations suit une logique très claire : il est en train de spécifier au fur et à mesure qu’il avance le type de ministère qu’il exerce.

Son service est d’être apôtre, et son apostolat l’appelle à être mis à part pour annoncer l’évangile de Dieu. Il y a un nombre de choses à faire ressortir ici :

 

  • Il y a plusieurs services que l’on peut exercer auprès de Jésus. Mais le service de Paul, c’est d’être apôtre. Il s’agit d’un service parmi d’autres. Lorsqu’il se dit être « serviteur de Jésus-Christ », il n’a pas encore tout dit. Il doit encore préciser. Ce n’est pas tout d’être un serviteur de Jésus. Il est aussi bon de savoir ce à quoi on a été appelé, si on a un appel spécifique (ce qui n’est pas le cas de tous).
  • Il y a plusieurs types d’apôtres. S’il doit mentionner que lui a été mis à part pour annoncer l’évan- gile de Dieu, c’est qu’il n’est pas évident que tous les apôtres soient appelés à ça. On trouve souvent que chez un apôtre, il y a un penchant particulier vers un des 4 autres ministères mentionnés dans Éphésiens 4. Il serait tout naturel pour nous de penser que Paul serait un apôtre avec un penchant pour l’enseigne- ment, étant donné son aptitude théologique. Mais quand on y regarde de plus près, Paul était, en réalité, un apôtre avec, par dessus tout, un fardeau pour l’évangile. Dans les Actes des Apôtres, il est celui qui annonce l’évangile lorsqu’il voyage. Il ne s’appuie pas sur ses collègues dans cette tâche, alors qu’il sait pertinemment que Dieu a donné à l’Église des évangélistes. Cela semble d’ailleurs être une réelle priorité chez Paul. Et quand il reste à un endroit pour fortifier l’Église avec son aptitude en tant qu’enseignant et que pasteur (parce qu’un apôtre est capable de fonctionner en tant que prophète, évangéliste, pasteur ou enseignant), son souci est d’ancrer toujours plus les Églises qu’il a fondé dans l’évangile. Il les forme pour que leurs œuvres soient celles qui sont conformes à l’évangile. Et il les forme pour que leurs œuvres parlent d’elles-même pour donner une bonne réputation à l’évangile. Bien plus que d’être un apôtre, Paul est un « apôtre, mis à part pour l’évangile ». Tous les apôtres auront le souci de l’avancée de l’évangile, mais chez Paul, il s’agit de quelque chose qui prend une réelle primauté.

B. L’évangile (1.2-4)

La logique de la pensée de Paul est très évidente. Il vient de mentionner qu’il est mis à part pour l’évangile, et ici il va ensuite détailler tout de suite ce que c’est que cet évangile.

a. L’évangile de Dieu (v. 2)

Il avait dit au v. 1 que c’est pour « l’évangile de Dieu » qu’il a été mis à part.

L’évangile est une réalité extrêmement complexe, et infinie dans ce qu’elle contient de réalité théologique, tout en étant toute simple. Jésus parle de « l’évangile du Royaume » (Mt 24.14), Paul parle de « l’évangile de la grâce de Dieu » (Ac 20.24), de « l’évangile du Fils de Dieu » (Ro 1.9), de « l’évangile de Christ » (Ro 15.19 et al.), de « l’évangile de la gloire de Christ » (2 Co 4.4), de « l’évangile de notre salut » (Ep 1.13), de « l’évangile de paix » (Ep 6.15), et de « l’évangile de notre Seigneur Jésus ».

Il est difficile de trouver, parmi ces mentions, une qui ait de la primauté sur les autres, mais il semble que, en dehors de « l’évangile du Royaume », aucune n’ait autant de force que « l’évangile de Dieu » (que Paul et Pierre utilisent à d’autre endroits également).

En effet, l’évangile ne concerne pas que la croix, ni seulement celui qui y a pendu. C’est l’évangile concer- nant celui qui l’y a envoyé, et qui a tout fait concourir depuis la nuit des temps pour qu’aujourd’hui les nations exultent. L’évangile a donc Dieu, la Trinité toute entière a son origine. Mais c’est aussi la Trinité toute entière qui l’exécute. C’est l’évangile du Fils de Dieu, mais aussi l’évangile du Père qui a tout orchestré, tout planifié, tout voulu. C’est l’évangile concernant ce même Père à la gloire bafouée, dont la paternité avec ses créatures a été ternie. C’est l’évangile concernant ce Père qui, pour être réconcilié avec ses enfants a envoyé le seul Fils qu’il lui restait, le seul qui lui était fidèle pour partir retrouver tous les autres enfants de Dieu au péril de sa vie. C’est l’évangile du Fils qui a accepté d’y aller, l’évangile du Fils qui a pris chair humaine et qui a vécu parmi nous plein de grâce et de paix. C’est l’évangile de ce Fils qui, remplit par l’Esprit-Saint a vécu 33 ans sur cette planète, sans jamais rien faire de mal, et c’est l’évangile de ce même Fils qui s’est laissé crucifier, disant dans l’angoisse à son Père bien-aimé : « que ta volonté soit faite ». C’est l’évangile de l’Esprit qui a été envoyé du Père pour ramener à la vie ce Fils bien aimé. L’évangile de ce même Fils à qui le Père a donné toute autorité dans les cieux et sur la terre, alors qu’il l’a fait asseoir à sa droite. C’est l’évangile de l’Esprit qui a été envoyé par le Père et le Fils pour remplir les croyants de sa vie, de son amour, de sa paix, de sa passion, de tout son fruit et de tous ses dons. C’est l’évangile d’une puissance qui est venue sur nous : celle de l’Esprit. C’est l’évangile de l’Esprit qui agit dans nos cœurs pour nous donner l’assurance de notre adoption. C’est l’évangile que par l’Esprit, à travers le Fils, nous avons la paix avec Dieu. Et c’est l’évangile du Fils qui revient avec gloire. L’évangile de Dieu, qui régnera pour toujours, et nous avec lui. L’évangile ne concerne pas que la croix. L’évangile, c’est l’évangile de Dieu.

PAUL CONNECTE SON AUDITOIRE

 

Dès le début de la lettre, Paul connecte ses lecteurs avec la problématique des Juifs et des non-Juifs. Ce n’est pas anodin qu’il mentionne les prophètes, et David. Ce sont des références qui montrent clairement à l’auditoire une des choses que Paul va chercher à faire ressortir au cours de la lettre : le salut vient par Jésus, qui vient au sein d’un peuple qui avait été l’hôte des promesses de Dieu, et d’un nombre de personnes qui préfiguraient l’accomplissement de l’évangile en Christ, ainsi que des prophètes qui l’ont vu d’avance. Il y a bien quelque chose de distinctif chez le peuple Juif. Cette réalité était négligée par certains dans l’Église de Rome, et Paul cherche à remettre cette réalité devant eux.

b. L’évangile annoncé d’avance (v. 2)

Ce que Paul mentionne ensuite est fondamental pour notre compréhension de l’Ancien Testament. « Cet évangile, Dieu l’avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures » (v.2). On pourrait se dire que l’évangile n’est présent que dans le Nouveau Testament. Mais en fait tout l’Ancien Testament concerne cet évangile.

L’Ancien Testament annonce d’avance cet évangile. Il ne concerne que cet évangile. Il n’y a, en fait, aucune autre histoire dans la Bible que l’évangile. S’il y a un mot qui peut résumer toute la Bible, c’est bien celui-ci : « l’évangile » !

Paul ici ne mentionne que les prophètes qui l’annoncent d’avance. Mais Jésus, sur la route de Damas a su prendre toutes les Écritures pour montrer qu’elles le concernaient toutes. L’Ancien Testament annonce l’évangile, et il sert de scène sur laquelle viendront se jouer les différentes scènes de l’accomplissement de l’évangile ; le fondement sur lequel le bâtiment de l’évangile sera construit.

c. L’évangile concerne Jésus (vv. 3-4)

Si l’évangile est une réalité vaste, qui englobe la terre entière, l’histoire entière, qu’elle découle de Dieu tout entier et qu’elle est pour Dieu tout entier, il n’y a aucun doute que le personnage principal dans l’accom- plissement de l’évangile est Dieu le Fils.

Un résumé de l’évangile qui ne contient pas la mention de Jésus sera inadéquate. L’évangile concerne Jésus !

Paul détaille ici des éléments christologiques, comme cet évangile nous a été révélé par la personne de Jésus. C’est lui qui l’apporte à son accomplissement. Il en est le personnage central.

Paul relie Jésus à différentes réalités dans cette section.

NATURE DIVINE, NATURE HUMAINE

 

« Deux choses doivent être trouvées en Christ de sorte à ce que nous puissions de lui obtenir salut, nom- mément la divinité et l’humanité. Sa divinité détient puissance, justice et vie qui nous sont communiqués par le biais de son humanité. »

 

– Jean Calvin

– Son humanité :

. Vraiment homme : Paul fait plus que de retracer la généalogie historique de Jésus ici. Il y a un sens dans lequel il atteste de l’humanité de Jésus, de la réalité de son existence en nous disant de qui il descend. Il y a là une preuve de son existence, réelle, dans l’histoire humaine. Cette réalité que l’évangile repose sur des événements authentiques et des personnes réelles est important pour Paul.

Non content d’affirmer son humanité pour exprimer l’idée qu’il a vraiment existé, l’affirmation même que Jésus était vraiment homme a une signification de taille. Aujourd’hui, c’est pour affirmer la divinité de Jésus qu’il faut parfois se battre. Historiquement, il y a eu un mouvement tout aussi fort pour nier son humanité. Certains ont dit que Jésus était pleinement Dieu, mais pas pleinement homme (hérésie connue sous le nom d’Apollinarisme). Cette hérésie est platement niée par cette affirmation de Paul. Il est un véritable homme, descendant de David selon son humanité.

. Descendant de David : Mais bien plus que cela ! Il n’est pas seulement un personnage historique dont on peut tracer la généalogie. Il est, de façon significative, un descendant de David. David est un des personnages qui symbolisent et annoncent le plus fortement la personne et l’œuvre de Jésus dans l’Ancien Testament. Il est un type de Jésus.

David est premièrement un type de Jésus parce que Dieu avait promis à l’avance que Jésus serait un roi dans sa descendance. Le Messie allait être un descendant de David. Il allait avoir « sa maison » et « son règne » et « son trône » (2 Sa 7.16).

Il est, deuxièmement, un type de Jésus parce que dans sa vie et dans sa personne, il y a des parallèles avec la vie de Jésus. Il était un jeune homme selon le cœur de Dieu (1 Sa 13.4), né à Bethlehem (1 Sa 16.1). Il était un berger (1 Sa 16.11), rejeté par les ses propres frères (1 Sa 17.28-29), il a vaincu l’ennemi du peuple de Dieu (1 Sa 17.49), et plus que tout autre roi d’Israël, il est celui qui a fait rentrer le peuple dans la terre promise.

Et dernièrement, un grand nombre des Psaumes de David sont prophétiques, et parlent, plus que tous les autres Psaumes, de la personne et de l’œuvre de Jésus. Parce que la personne de David était intime- ment liée à la personne de Jésus, beaucoup de choses qu’il semble dire sur lui-même ont tellement plus de sens encore lorsqu’on les comprend comme venant de la bouche de Jésus (Ps 24 par ex). Certaines choses qu’il écrit dans ses Psaumes n’ont d’ailleurs aucun sens lorsque nous les comprenons comme faisant référence à David, mais elles prennent tout leur sens lorsque nous pensons à ces Psaumes comme annonçant à l’avance la personne de Jésus (Ps 2.7 ou 110.1-4 par ex). De façon plus générale, « le juste » qui est mentionné à maintes reprises dans les Psaumes est compris à sa plus juste mesure lorsque l’on voit en elle une référence à Jésus.

– Sa divinité :

Après avoir affirmé son humanité, Paul affirme la divinité de Jésus. C’est sa résurrection qui est la preuve indubitable qu’il est bien Fils de Dieu, la deuxième personne de la Trinité. Il se réclamait déjà être Dieu de son vivant, et il l’a prouvé en ressuscitant des morts.

L’acte de la résurrection en lui-même est une preuve de sa divinité, en ce qu’il révèle la puissance de Jésus. Mais il est aussi important de voir que dans ce texte, Paul voit dans sa résurrection une validation de ses prétentions.

Ce texte peut sembler dire que Jésus n’était pas Fils de Dieu avant sa résurrection. C’est là que le mot « avec puissance » prend tout son sens. Paul vient déjà d’affirmer que Jésus est le Fils de Dieu, en début du v. 3. Ce qu’il dit ici, c’est que Jésus est maintenant révélé comme « Fils-de-Dieu-avec-puissance » par sa résurrection d’entre les morts.

– Jésus-Christ notre Seigneur :

Paul finit sa phrase en récapitulant le tout en disant que ce Fils de Dieu descendant de David est nul autre que « Jésus-Christ notre Seigneur ».

L’évangile tient ou tombe avec la personne de Jésus, pleinement Dieu et pleinement homme, venu dans la chair, ressuscité des morts et régnant en Seigneur sur tout l’univers.

Si nous avons une Christologie défaillante, nous ne comprendrons jamais l’évangile. Si nous pensons que Jésus n’était pas Dieu, alors c’est un homme qui est mort pour sauver les hommes. Ce n’est pas Dieu qui nous sauve, et il n’y a donc pas de grâce de la part de Dieu. Si nous pensons que Jésus n’était pas pleinement homme, alors notre sauveur ne peut pas compatir avec nos faiblesses. Si Jésus n’est pas entièrement homme, alors il ne peut pas représenter l’humanité, et nous ne pouvons pas nous identifier avec lui dans sa mort et sa résurrection. Si Jésus n’est pas un descendant de David selon la chair, alors les promesses de Dieu sont nulles. Et « si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est inutile, vous êtes encore dans vos péchés ! » (1 Co 15.17)

– Jésus selon la chair/Jésus selon l’Esprit :

Si chacune des clauses individuelles de ces versets peuvent paraître assez simples à comprendre, le sens global de ce que Paul dit sur Jésus peut très facilement nous échapper.

Il faut voir que dans ce paragraphe, Paul oppose Jésus selon la chair en tant que Fils de David, et Jésus selon l’Esprit. Les mots « en tant qu’homme » (Segond 21) au v. 3, traduisent les mots grecs kata sarka, ce qui signifie, plus littéralement, « selon la chair ». Au v. 4, les mots « du point de vue de l’Esprit » sont la traduction du grec kata pneuma hagiôsunès : « selon l’Esprit ». En cherchant de façon justifiée à rendre plus claire le sens des mots individuels, la traduction perd l’opposition patente chez Paul de Jésus selon la chair et de Jésus selon l’Esprit.

A quoi font référence ces deux réalités ? Douglas Moo (NICNT) l’explique ainsi :

« Le contraste entre « chair » et « Esprit » fait partie des catégories plus larges de Paul, dans sa conception de l’histoire du salut. Dans cette histoire, deux ères sont opposées : l’ancienne ère, dominée par le péché, la mort et la chair, et la nouvelle ère, catégorisée par la justice, la vie et le don eschatologique de l’Esprit Saint. […] Dans la vie terrestre de Jésus (sa vie dans « le royaume de la chair »), il était le rejeton de David, le Messie. Mais bien que vraie et valable, ceci ne nous donne pas une vision complète. Pour les chrétiens, Jésus est aussi « dans le Royaume de l’Esprit », le Fils de Dieu puissant qui nous donne la vie. En Christ, la « nouvelle ère » de l’histoire du salut a commencé, et dans cette nouvelle étape du plan de Dieu, Jésus règne en tant que Fils de Dieu, puissamment actif pour apporter le salut à tous ceux qui croient. […] Comme à son habitude, Paul attribue l’inauguration de cette nouvelle ère à la résurrection de Christ. »

Paul est en train d’affirmer la préexistence de la filiation divine de Jésus, ainsi que sa messianité, mais aussi en train de faire ressortir l’importance capitale de la résurrection dans l’inauguration de la nouvelle ère, dans laquelle Jésus est tout en tous, régnant avec puissance et autorité sur toute puissance, étant lui-même, par sa résurrection, « Fils de Dieu avec puissance ».

C. L’apôtre des païens (1.5-6)

Paul revient ensuite de Christ à son appel d’apôtre, et il l’affine encore. Il dit qu’il a été appelé à être apôtre par Christ. Mais il ne voit pas dans son apostolat le simple fait d’avoir un titre. Il y a une mission claire qui se définit avec son don.

Jésus donne des dons à son Église. Il ne donne pas l’Église comme une plateforme aux gens doués. Si Paul peut se glorifier de l’appel qu’il a reçu de la part de Jésus, il comprend bien que c’est un appel à servir l’Église. Si vous n’avez pas le sentiment d’être au bénéfice du ministère de ceux qui ont été appelés par Dieu pour vous servir, c’est possible que quelque part en route, ils aient commencé à se servir de leur appel pour leur propres désirs, plutôt que pour les désirs de Jésus.

Paul dit que c’est une grâce de pouvoir exercer le ministère d’apôtre, mais que cette grâce se vit dans le travail qu’il accomplit de conduire des hommes de toutes les nations à l’obéissance de la foi.

Ce Jésus qui a été mentionné plus tôt comme le centre de l’évangile, est bon envers son Église, et il se donne les moyens de bénir la terre entière, en levant des personnes comme Paul.

Donc si Paul affirme et assoit une fois encore son autorité en tant qu’apôtre ici, après avoir décrit la sei- gneurie de Jésus (plus l’expéditeur est puissant, plus l’envoyé aura de puissance), il le fait en montrant aux romains non-Juifs à quel point cet apostolat est une grâce pour eux aussi. Ils sont de ceux qui vont être au bénéfice du ministère de Paul.

D. Grâce et paix (1.7)

Paul a donc connecté son lectorat Juif en mentionnant les prophètes et la filiation davidique de Jésus, et interpellé son lectorat non-Juif, pour déjà leur mettre à l’Esprit que Jésus est un Messie juif descendant de la lignée d’Israël. Il a ensuite connecté son lectorat non-Juif en mentionnant la visée universelle de Jésus en appelant des apôtres à conduire des gens de toutes les nations à l’obéissance, et interpellé les lecteurs juifs en leur permettant de voir que l’offre de l’évangile était ouverte à tous maintenant.

Il s’est présenté, a présenté l’évangile qu’il annonce, et il a commencé à semer certaines graines dans la tête de son lectorat. Ce n’est que maintenant qu’il s’adresse aux deux parties, en leur disant : « A tous ceux [Juifs et non-Juifs] qui sont à Rome bien aimés de Dieu, appelés à être saints : que la grâce [chairein pour les Grecs] et la paix [shalom pour les Juifs] vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ! » (1.7).

Ici, non seulement Paul s’adresse à tous, en les saluant chacun selon leur coutume. Il définit qui ils sont collectivement. Ils sont appelés deux choses :

– Bien-aimés de Dieu : Et les Juifs et les non-Juifs sont bien-aimés de Dieu. Cette réalité à elle toute seule devrait faire cesser leurs querelles ! Comment peut-on entrer en conflit avec un autre quand on s’ar- rête pour se dire que cette personne que l’on a en face de soi est bien-aimée par Dieu. Quel risque énorme prend-on en décidant de ne pas aussi bénir cette personne ! Tout membre de l’Église est bien aimé de Dieu ! Il a toute la faveur de Dieu mise à son compte. Comment moi aussi ne le verrais-je pas comme un fils ou une fille de Dieu ? Comment moi, de mon côté pourrais-je me permettre de le considérer comme inférieur, et ne pas, plutôt me mettre à son service ? Cette phrase est l’antidote la plus radicale contre le manque d’amour du prochain au sein de l’Église.

– Appelés à être saints : Non seulement l’autre doit-il recevoir ma faveur parce qu’il est bien aimé de Dieu. Il faut aussi que moi je vive mon appel en tant que personne sainte, mise à part pour faire partie du peuple de Dieu, reconnaissant que mes frères et sœurs ont exactement le même statut. Ceci implique de mettre de côté mon individualisme, mon mépris des autres, et de ressembler à Jésus.

Le nombre de points marqués par Paul dans cette adresse est spectaculaire. Il comprend bien son lectorat, les problèmes auxquels il fera face en leur adressant une lettre, les problèmes que eux étaient en train de vivre. Et en quelques phrases, il pose un terreau extrêmement fertile pour être lu et apprécié dans ce qu’il apporte, chez tous ses lecteurs. Il y a un talent dans la forme des choses chez Paul qui frise le génie.