Select Page

La prédication puissante, qui change les vies, est un sujet très vaste.

Le fond mérite déjà des tomes et des tomes à lui tout seul.

La forme aussi.

Et aujourd’hui, j’ai envie d’écrire sur un des éléments de cette forme, en répondant à la question suivante : lorsque l’on prêche, à quelle partie de l’être humain parle-t-on ?

Bien des théologiens ont traditionnellement dit que l’être intérieur de l’homme est fait de trois éléments : son intellect, ses émotions et sa volonté. Je trouve que bien trop souvent on ne parle, dans la prédication, qu’à deux, voire même qu’à une seule de ces parties. Voici quelques réflexions sur le mal que cela peut causer d’être si restrictif dans notre prédication.

1 | L’intellect seul : l’académisme

J’entends parfois des prédications qui ne sont rien d’autre que des discours intellectuels qui nous informent concernant un point d’exégèse biblique ou de théologie chrétienne. L’information est peut-être juste, mais la transformation n’est pas au rendez-vous, sans les deux autre éléments. Les gens en ressortiront la tête enflée – le prédicateur en ressortira peut-être les chevilles enflées. Mais personne ne va vivre profondément différemment sur la base de cette prédication.

2 | Les émotions seules : le sentimentalisme

Il y a d’autres prédications qui s’adressent aux émotions et aux sentiments. Les envolées lyriques et le ton émotif sont au rendez-vous, le contenu est zéro, et les personnes ressortent en ayant peut-être versé la larmiche, mais en demeurant complètement inchangés. Ils auront l’impression d’être transformés alors qu’ils sont transportés dans l’émotion de l’instant. Ils auront peut-être même eu l’impression de rencontrer Dieu. Mais leur vie dénuée de tout changement la semaine suivante révélera que ce qu’ils croyaient être l’Esprit n’était en fait que leurs sentiments en bataille, touchés (et parfois manipulés) par un orateur qui a joué le jeu de la facilité : parler aux émotions, sans adresser les questions de la tête, ni les mécanismes de la volonté.

3 | La volonté seule : la harangue

D’autres prédications encore vont jouer sur la volonté des gens. Ils chercheront à mettre les uns et les autres en action, dans le service, le zèle et l’ardeur… Et parfois, ils verront une sorte de fruit dans les semaines qui viennent. Mais en réalité, il ne s’agira pas d’une vraie transformation. Les uns et les autres auront peut-être un changement de comportement le temps de quelques semaines. Mais si leur pensée n’a pas été convaincue, et si leur émotions n’ont pas été persuadées, leur coeur restera inchangé, et la vieille façon d’agir fera à nouveau surface en l’espace de quelques courtes semaines.

4 | L’intellect et les émotions : le discours

Certaines personnes vont pouvoir nous parler de Dieu, la Bible et l’évangile en alliant bien l’intellect et les émotions. Le discours n’est pas plat, mais il ne prend pas non plus les gens pour des idiots. Il y a beaucoup de bon. Et en général, ce genre de message sonnera équilibré, et sera agréable à écouter. Une personne pourrait bâtir un ministère très fructueux avec de tels messages – et beaucoup d’églises le font. En particulier dans les milieux de la classe moyenne, voire aisée, de nos villes cosmopolites occidentales. Mais cette personne, si elle a vraiment les projets de Dieu à coeur, se retournera, au bout d’un certain temps, pour se demander pourquoi il a tant de chrétiens passifs dans son église. Pourquoi il semble être le seul, avec quelques âmes charitables, à porter toute l’organisation de l’église et à être un des seuls chrétiens dont le quotidien semble réellement refléter les priorités de Jésus. Il n’a pas parlé à la volonté des chrétiens – soit par crainte, soit par manque de vision, soit par volonté de ne pas faire de remous (ce qui revient à la crainte).   Il a une église remplie de gens gentils, qui connaissent bien leur Bible, mais qui sont à 10 000 lieues de vivre la réalité de disciples de Jésus qui le suivent à l’aventure avec chacun de leurs souffles. Leur vie ressemble à une vie caricaturalement chrétienne et gentillette, mais pas du tout à la réalité de l’église primitive. Ne nous permettons pas de prêcher des messages équilibrés sans jamais mettre les chrétiens en action.

5 | L’intellect et la volonté : le robotisme

D’autres encore arrivent à parler à nos têtes, et aussi à nos volontés. Il y a du contenu, il y a de l’application solide, pratique et courageuse dans la vie des gens et un appel à se laisser transformer dans nos vies quotidiennes. Mais il manque une chose : l’humanité. Où est l’humour pour aider à faire passer la pilule de l’exhortation puissante ? Où est la persuasion et le langage du coeur pour permettre à la personne toute entière, humaine et bien ancrée de rentrer dans la vie que Dieu veut pour eux ? Si nous voulons des coeurs de chair qui battent et savent s’exprimer envers Dieu comme le faisaient Moïse, David et d’autres exemples dans la Bible, nous ne pouvons pas nous soustraire à l’emploi du registre émotif dans nos prédications.

6 | Les émotions et la volonté : la publicité

Celui-ci est celui qui me fait le plus me hérisser les poils : le commercial. Pleins d’application, d’appels de leurs voeux, de conviction et d’entrain. Mais aucun réel appui biblique, théologique, sur lequel fonder ce discours. Comment le dire autrement : ce n’est pas de la prédication, c’est de la pub. De la pub pour Jésus. Des foules s’amasseront pour écouter ces discours. Ils déchaineront les masses dans certains pans de la société. Mais l’impact réel, profond, sur une société toute entière restera toujours minime et marginale, parce que les personnes n’ont pas appris à reformuler d’eux mêmes les choses qui leur sont dites, ni ne voient-ils un modèle de comment aller eux-mêmes chercher cette vérité pour eux, seuls, dans leur chambre, Bible en main. Le prédicateur publicitaire génère une église d’assistés spirituels, qui vont peut-être être nombreux pendant une génération, mais ne tiendront jamais au delà du ministère de l’orateur commercial.

Conclusion

Je suis un fervent croyant en la prédication. Jésus prêchait, Paul prêchait, tous mes plus grands héros dans l’histoire de l’église prêchaient, et je sais que Dieu m’y a aussi appelé. De grâce, prédicateurs : travaillons à notre art, et sachons nous adresser à l’être humain toute entier, pour que les coeurs du peuple de Dieu et des observateurs intéressés puissent être mis face à face avec le Dieu vivant, semaine après semaine, jour après jour, alors que leur pensée sera renouvelée, leurs sentiments seront placés en conformité avec ceux de Dieu, et leur volonté devienne servante de celle de Dieu.

Pour que bons entendeurs y trouvent le salut !